Un accouchement qui "s'est très bien passé" ou une naissance à visage humain ?

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Témoignage de Tania dont l'enfant est né en 2001

Mon premier accouchement (en 1998) s'était "'très bien passé", puisque c'est ainsi qu'il convient de définir un accouchement d'où la maman et le bébé sortent en se portant bien. J'ai vécu les premiers mois de cette seconde grossesse sans me poser trop de questions concernant le suivi et la naissance proprement dite, j'étais confiante, même si j'avais un peu peur du jour J. Je voyais le gynécologue qui m'avait suivie précédemment, et je laissais les choses évoluer toutes seules.

Et puis, j'ai lu le livre "Une naissance heureuse"' d'Isabelle Brabant, une sage-femme. Une véritable révélation. Je me suis rendu compte que ce que la plupart des gens considère comme ' normal', voire ' obligatoire' autour de la naissance n'est en réalité qu'une approche parmi d'autres et certainement pas la meilleure. J'ai un peu fait le point sur ma première grossesse et mon premier accouchement, et j'ai commencé à comprendre que c'était une catastrophe.

J'étais suivie par un gynécologue, certes gentil et relativement disponible, mais avec lequel seul l'aspect technique de la grossesse était abordé. Il s'agissait de savoir si le foetus allait bien, s'il grossissait comme il fallait, et si je n'éprouvais pas moi-même trop de petits inconvénients de grossesse. Il y avait les échographies, les tests sanguins, le contrôle mensuel... chaque visite durait environ 20 minutes, pendant lesquelles il n'était jamais question du bébé en tant que personne, de sa place dans la famille, de l'attitude du papa face à la grossesse, ni même de la naissance. Il était convenu que j'accoucherais dans tel hôpital (que je n'avais pas choisi bien sûr, je me contentais d'aller là où mon médecin pratiquait), qu'il serait appelé ' au moment où ', point final. Il m'avait décrit vaguement les raisons pour lesquelles il serait judicieux de supposer que cela avait commencé, et enfin bon, de toute façon, je le saurais bien.

Le jour venu, j'ai ressenti des contractions plus ou moins fortes et plus ou moins régulières (du moins c'est ce qu'il m'a semblé, mais bien sûr mon expérience en la matière était très limitée), et donc, vers 23h30, nous décidons de nous rendre à l'hôpital. Une sage-femme m'examine, déclare qu'il n'y a qu'une toute petite ouverture (un ou deux centimètres si mes souvenirs sont bons), me donne un petit sachet contenant un suppositoire destiné à calmer les contractions et me renvoie à la maison. Nous rentrons donc, un peu confus, un peu honteux, et les contractions continuent. Le suppositoire est évacué aussitôt mis, ne fait aucun effet, les contractions s'intensifient, mais bon, elle a dit que ce n'était pas pour tout de suite, alors, c'est que ce n'est pas ça, et nous essayons de dormir. Inutile de dire que nous passons une nuit pénible, la douleur est difficilement supportable, mais nous n'osons plus retourner à l'hôpital, nous ne savons pas à quoi nous en tenir, est-ce le moment ou pas finalement ?

Le matin venu, nous y retournons quand même parce que cela ne peut plus durer, il faut que ce bébé naisse ou qu'on fasse cesser ces contractions. Cette fois-ci, on nous garde quand même, on me rase, on me fait un lavement, on m'annonce un certain nombre de centimètres (quatre je crois), et on me case dans une pièce. Mon gynéco se présente un peu plus tard, m'examine, et rompt la poche des eaux (je l'aurais étripé sur place, tant la douleur est insupportable). Il me dit que je semble ' un peu tendue' et me suggère la péridurale. Que j'accepte avec soulagement. La douleur se calme après la piqûre, j'ai vaguement le temps d'essayer de comprendre ce qui se passe. Je me sens totalement étrangère, complètement dépassée par les événements, je ne maîtrise rien du tout.

Au moment où je signale à une sage-femme que je recommence à sentir les contractions, elle me dit qu'il est trop tard, que c'est le moment. On me transfère dans une autre pièce, je suis couchée sur une table, les pieds dans les étriers, les néons au plafond. On me dit de pousser mais je ne sens pas très bien ce qu'il faut faire, de nouveau, j'ai l'impression d'être dépossédée de cette naissance. Après trois quarts d'heure de poussée ( j'ai cru renoncer ; surtout quand la sage-femme m'a dit : poussez encore une fois et elle sera là et que le gynéco a répondu : ne lui dites pas ça enfin ! ), bref après 3/4h, ma fille était là. Je ne me souviens pas très bien de ce moment. Je sais que son papa a coupé le cordon, je ne sais pas si elle a crié, on me l'a mise sur le ventre quelques minutes et puis on l'a emmenée pour les soins. Le gynéco a recousu la belle épisiotomie, et est parti. La sage-femme et la kiné aussi. Je suis restée seule sur ma table, pieds dans les étriers, à regarder l'horloge du mur en face. Le papa d'Héloïse était dans une autre pièce, avec la pédiatre en train de procéder à la pesée, au bain, à l'habillage et toutes ces choses. Quand ils sont revenus ( au moins 20 minutes plus tard ) nous avons pu regagner notre chambre. J'y suis restée cinq jours, puis mon médecin m'a enlevé les fils ( très agréable, j'avais au moins espéré qu'ils se résorberaient tout seuls, mais non ), et on a pu rentrer.

A la lecture du livre ' une naissance heureuse', je me suis rendue compte que cet accouchement concentrait à lui seul toutes les absurdités auxquelles on en est arrivés en matière de naissance. Tout à coup, je mettais en doute cette rupture inutile et douloureuse de la poche des eaux, cette épisiotomie systématique, cette ambiance glacée en salle d'accouchement... toutes choses que j'avais acceptées comme la normalité, que je n'avais pas un instant songé à mettre en doûte.

Alors, mon compagnon et moi avons décidé de prendre les choses en main. A sept mois de grossesse, j'ai pris contact avec une sage-femme (grâce au site ' www.sage-femme.be ', j'ai trouvé une sage-femme tout près de chez moi). Quel changement ! Dès la rencontre, nous nous sommes sentis à l'aise, elle a pris le temps de nous écouter, de parler de tout ce qui entoure la naissance, de notre famille ' recomposée', nous avons passé une bonne heure dans son cabinet. Très vite, nous avons compris que c'était ce qu'il nous fallait. Je lui ai parlé de ma précédente expérience et de tout ce que je ne voulais plus, et je lui ai dit où je devais accoucher. Elle m'a tout de suite expliqué que je ne devais pas trop espérer... Elle m'a alors parlé de la maternité de Braine-l'Alleud, où elle pouvait également travailler comme indépendante. Nous avons un peu hésité, car il fallait changer de gynécologue et modifier tous les plans à sept mois de grossesse. Mais nous nous sommes lancés. C'est la sage-femme qui a fait le suivi de la fin de grossesse, et elle nous a mis en contact avec une gynécologue formidable qui accouche à Braine l'Alleud. La nouvelle gynéco appréciait beaucoup la collaboration avec une sage-femme, ce qui n'est pas toujours le cas ! Tout était différent.

Le jour de l'accouchement, nous sommes restés à la maison le plus longtemps possible. J'ai perdu les eaux à deux heures du matin et j'ai appelé notre sage-femme. Elle est venue à la maison immédiatement avec une de ses collègues, et tout le début de travail (qui a commencé vers 5 heures) s'est fait bien douillettement à la maison. L'ambiance était formidable. Nous avions mis un peu de musique, nous avons bavardé, mangé un peu. Nous étions très conscients de ce qui se passait, et pourtant très détendus. Je me suis sentie totalement soutenue à chaque contraction, je les gérais très bien. Nous avons ri ensemble, et malgré la douleur, je me sentais fantastiquement bien. Quand elle a estimé qu'il était temps de partir, nous sommes tous montés dans sa voiture et elle nous a conduits à l'hôpital.

Là-bas, nous nous sommes installés en salle d'accouchement, une pièce confortable et intime, la lumière tamisée, notre musique dans la chaîne hi-fi. J'ai pu prendre un bon bain chaud, qui m'a fait un bien fou (eh oui, même si j'avais perdu les eaux !), j'ai été dorlotée et soutenue. Notre sage-femme est restée tout le temps près de nous, et a été bien reçue par les sages-femmes de l'hôpital. Ma gynécologue est vite arrivée, elle est restée tout le temps près de moi, m'a parlé, m'a prise dans ses bras... Je pouvais marcher, m'asseoir, me suspendre, boire un verre d'eau quand j'avais soif... Quand Jeanne est née, à midi , j'étais extrêmement présente, j'ai tout senti, tout entendu, son premier gazouillis... Je l'ai prise moi-même dans les bras dès sa sortie, et avec son papa nous avons attendu que la pulsation du cordon s'arrête avant de le couper. Puis, nous avons tranquillement fait connaissance tous les trois. La sage-femme a placé une lampe chauffante au-dessus de nous, et tout le monde a quitté la pièce pour nous laisser vivre ce moment dans l'intimité.

Nous sommes restés longtemps tous les trois, notre petit bout toute nue, fraîchement sortie de mon ventre dans les bras, cherchant le sein. Après une bonne demi-heure, la gynécologue et la sage-femme sont revenues dans la salle, et là, seulement, la petite a eu un bain, a été pesée et habillée. On ne lui a pas aspiré le nez, on l'a laissée éternuer un peu ... La gynécologue a fait quelques points de suture (avec des fils résorbables !) pour réparer la petite déchirure (OUF pas d'épisio ! On se remet tellement mieux ! - pourtant le bébé serait sorti plus vite avec une épisiotomie, mais heureusement, c'est une gynécologue pleine de bon sens !). Nous avons ensuite regagné notre chambre.

Nous n'y avons passé que le reste de l'après-midi et le soir même, nous sommes rentrés tous ensemble à la maison. Notre sage-femme est venue tous les jours suivants pour les soins du bébé et de la maman. C'était MERVEILLEUX ! Quel souvenir ! Un monde de différence entre mes deux expériences. Je ne peux que conseiller à toutes les futures mamans de ne pas se laisser impressionner par le monde médical, de ne pas croire sur parole que tout DOIT se passer comme ils l'entendent (comme ça les arrange surtout), qu'il y a des formules différentes, des endroits et des gens qui respectent les parents et les bébés et qui voient la naissance autrement. Ça en vaut vraiment la peine ! Je suis impatiente d'accoucher de nouveau...

Tania vous invite également à lire le récit de la naissance à la maison de son fils Casimir, en octobre 2004.