Naître à la maison : naître et accoucher à son rythme

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Témoignage de Florence

Pour la naissance d'Antoine, notre premier enfant, je voulais surtout ne pas avoir trop mal. Et puisque c'était possible en clinique, j'ai demandé très vite la péridurale. On me l'a faite et du coup le travail s'est ralenti, et même arrêté. Je vous fais grâce des détails mais Antoine est né en urgence avec des forceps. Il allait quand même très bien et j'avais un beau bébé dans les bras.

Pour Pauline, j'avais compris que la péridurale n'était pas bonne pour moi, et je voulais accompagner mon bébé pendant sa naissance. Comme Antoine était soi-disant un gros bébé (3kg980), le gynécologue voulait déjà provoquer 15 jours avant la date. J'ai refusé, mais lorsque Pauline s'est fait attendre d'une semaine après le terme, j'étais fatiguée, découragée, et j'ai accepté qu'on provoque. Quand je suis arrivée à la clinique, j'avais beaucoup de contractions et une ouverture de 5 cm. Il a fallu peu de produit pour faire avancer le travail. Ce fut très douloureux, les sage-femmes étaient très chouettes et m'aidaient beaucoup. Mais lorsqu'on m'a fait mettre en position gynécologique (table avec étriers), alors que " ça poussait ", il ne s'est plus rien passé. J'avais beau pousser, rien ne venait. Mon gyné, qui n'avait aucune patience, a pris la ventouse et a sorti Pauline. J'ai accompagné Pauline par les douleurs, mais je ne l'ai pas fait naître.

Pour Louis, j'avais compris que ni la péridurale, ni le gynécologue, ni la clinique n'étaient bons pour moi. Nous avons rencontré Evelyne, sage-femme indépendante, et nous avons émis le projet d'un accouchement à domicile. Les visites chez Evelyne duraient parfois plus d'une heure. Nous y évoquions nos désirs, nos craintes. Elle nous informait très clairement de tous les risques, du pourquoi de certains examens, du non-sens de certaines interventions, bref, nous pouvions tout savoir, elle ne nous cachait rien. La première date qu'on nous avait dit pour la naissance était le 17 janvier. Arrivé vers le 25 janvier, j'ai commencé à m'impatienter. J'avais peur de devoir aller en clinique et de provoquer à nouveau. Evelyne m'a aidé a patienter, elle m'a rassurée, et Louis s'est annoncé le 7 février vers minuit.

Le jour de la naissance, nous n'étions pas accompagnés d'un quelconque médecin et d'accoucheuses que nous n'avions jamais vues. Evelyne nous connaissait bien et nous étions très à l'aise avec elle. Je l'ai appelée vers 1h30 et elle est arrivée vers 2h30 (je lui avais dit qu'elle prenne son temps.). J'avais une ouverture de 5 cm et des contractions efficaces mais très supportables et espacées de 7-8 minutes. Evelyne nous a laissés et est allée se reposer dans le canapé du salon. Vers 5 heures, elle est revenue et l'ouverture était de 7 cm avec toujours le même genre de contractions. Certaines mamans accouchent en 2 heures, moi, pour un troisième, j'ai encore mis 9 heures. Vers 7h, les contractions ont été plus intenses, mais j'avais toujours quelques bonnes minutes pour récupérer avant la suivante, et j'ai perdu les eaux à 7h30. C'était la première fois qu'on ne me perçait pas la poche et qu'on laissait faire la nature.

Evelyne a alors appelé Madeleine, la deuxième sage-femme, et elle m'a demandé si je voulais rester allongée et accoucher dans mon lit. J'ai voulu me relever et elle m'a proposé un siège en forme de U. La position me convenait très bien. Ca poussait et, petit à petit, Louis a fait sa descente. Certaines mamans disent qu'elles poussent deux fois et que le bébé est là. Ce n'est pas mon cas. J'ai bien compris pourquoi le gyné avait accéléré la naissance de mes deux autres bébés. Mais Evelyne et Madeleine étaient très patientes, elles savaient que Louis descendait et qu'il fallait attendre que chaque poussée le fasse descendre un peu plus. Louis est né à 8h30. Je l'ai pris moi-même dans mes bras.

J'avais enfin mis au monde un enfant sans qu'on intervienne. C'était primordial pour moi, j'étais persuadée que j'étais capable de le faire sans instrumentation, mais je devais me le prouver. En clinique, on m'avait plutôt fait croire le contraire. Bien sûr, sans Evelyne, je n'aurais rien pu faire. Elle s'est faite discrète à certains moments, elle m'a massé le dos à d'autres moments, elle a dit les mots que j'attendais pour m'encourager, elle avait tout son temps pour m'accompagner, personne ne l'attendait ailleurs, elle nous était entièrement disponible, elle a intégré le papa dans ce travail, elle m'a laissée accoucher dans la position que mon corps réclamait, elle m'a fait confiance et Louis est né tout seul, il est venu à son rythme et au moment qui était le sien.

Pour Antoine et Pauline, ce fut un moment extraordinaire et très peu perturbant. Ils se sont levés vers 8h et une amie était là pour s'en occuper. Je ne me sentais pas prête à les laisser assister. Je voulais ne m'occuper que de Louis, et j'avais peur qu'ils ne me déconcentrent par leur présence, leurs questions et peut-être leurs peurs de me voir souffrir. Ils sont restés en bas avec Cécile qui leur a mis un dessin animé. Ils m'ont entendue crier et ça les impressionnait mais Cécile leur a expliqué que c'était parce que le bébé allait naître et que, même si maman avait mal, ce n'était pas grave du tout. Ils sont venus voir Louis dès qu'il est né. Ils étaient en admiration. Puis, Antoine a dit : " Bon, moi je vais finir mon dessin animé.". La vie a continué pour eux. Ils sont montés plusieurs fois près de moi pendant la journée, puis ils repartaient jouer. Ils avaient un petit frère mais ils étaient vraiment intégrés dans cette aventure. Ils pouvaient rester près de nous, dans leur maison, avec leurs jouets, leurs habitudes. Il y avait seulement un bébé en plus et des parents fatigués. Le soir de la naissance, Antoine m'a dit : " Tu ne vas quand même pas rester tout le temps dans ton lit. Tu vas te lever ? ". Je lui ai promis une descente pour le lendemain. Nous avons été aidés par ma maman qui est restée quelques jours à la maison et qui a beaucoup joué avec les enfants. Yves s'occupait plutôt de l'intendance et nous avions préparé plusieurs plats tout prêts au congélateur. Les visites ont été rares et tardives. Nous n'avons vraiment vu les premiers jours que les parents et les frères et sœurs.

Je ne veux pas par ce témoignage convaincre à tout prix que l'accouchement à la maison est la seule solution. Je crois seulement que l'hyper-médicalisation que l'on connaît actuellement peut être très dangereuse et que l'hopital ne convient pas du tout pour certaines femmes qui s'y sentent très mal à l'aise. Quoi que certains peuvent en penser, je reste convaincue que j'ai pris beaucoup plus de risques à la naissance d'Antoine qu'à celle de Louis. Et je crois que les médecins devraient plus faire confiance aux sage-femmes et aux mères.

Et je pose trois questions :

  • pourquoi les accouchements en clinique se passent en majorité entre 8h et 17h alors que les sage-femmes qui font du domicile ont la plupart de leurs accouchements de nuit ?
  • pourquoi les bébés nés à la maison ne perdent quasi pas de poids, voire pas du tout ?
  • pourquoi n'ai-je pas fait de baby-blues pour Louis ?