L'haptonomie pour accompagner une naissance à la maison

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Témoignage de Fabien et Lien dont l'enfant est né en 2004

Dès le moment où nous avons appris que nous étions enceintes, Lien et moi avons énormément discuté de la manière dont nous souhaitions que Myarn vienne au monde, et de la manière de préparer cette naissance. Il était évident que nous voulions un accouchement le plus doux et le plus tranquille possible, mais nous n'avons pas franchi immédiatement le pas de l'accouchement à la maison. A partir de 4-5 mois de grossesse, nous nous sommes rendus chaque semaine chez Arielle, formidable haptonome qui nous a appris énormément sur la façon de communiquer avec Myarn dans le ventre de sa maman. Au fil des semaines, des discussions avec Arielle et avec d'autres familles ayant accueilli leurs enfants à la maison (merci Eva et Steven, Angie et Lieven), nous nous sommes rendus à l'évidence : ce que nous voulions au plus profond de notre coeur c'était de rencontrer Myarn pour la première fois à la maison, dans le calme, la chaleur et la tranquillité de notre chez nous.

Une fois notre décision prise et annoncée fièrement à nos familles (qui l'ont très bien accepté, contrairement au gynécologue qui nous a presque insulté et traité d'irresponsables suicidaires – mais cela ne vaut pas la peine de s'attarder sur lui...), nous avons pris contact avec Mieke et Inneke, sage-femmes à la maison de naissance (“Geboortehuis”) de Gand. Dès les premières rencontres (qui se sont ensuite succédées toutes les semaines jusqu'à la naissance), nous avons été impressionnés, parfois même intimidés..., par leur professionalisme et leur sérieux, mais aussi par leur chaleur humaine et l'intimité qu'elles ont immédiatement créée avec nous.

En suivant les conseils de Arielle, nous avons créé avec Myarn une communication unique, faite de gestes, de pressions et de mots de notre part, de mouvements et de réactions de sa part. Nous sommes certains que cette communication a joué un rôle essentiel dans sa naissance. Myarn a même attendu le soir de ma dernière journée de travail pour poindre le bout du nez, un peu comme si elle avait calqué son agenda sur le nôtre pour être certaine que tout était prêt pour l'accueillir.

Le 10 décembre dans la soirée, je n'étais pas encore de retour à la maison et je profitais des dernières notes du concert de Babylon Circus à Bruges lorsque Lien m'appelle. Elle vient de perdre les eaux, ça y est, Myarn arrive. Le concert vient de se terminer, je rentre en quatrième vitesse à la maison et Lien appelle Mieke, la sage-femme, pour lui faire savoir où on en est. De retour à la maison, je trouve Lien tranquillement assise sur un essuie. Selon Mieke, les contractions devraient commencer entre maintenant et 24 heures. Il est minuit. Après avoir encore un peu discuté et être passé chercher du ravitaillement au night shop du coin (la nuit pourrait être longue...), on décide de monter dans notre chambre pour nous reposer. Sur les premières marches d'escalier, Lien ressent ses premières contractions. D'abord comme un coup de poing dans le bas ventre, et puis des contractions assez espacées. On s'installe dans notre chambre, et tout commence à aller très vite. En quelques dizaines de minutes, les contractions s'accélèrent, on en est déjà à des contractions presque toutes les deux minutes.

On se décide à rappeler Mieke, après avoir hésité (“on ne va quand même pas l'appeler pour rien...”) qui nous dit qu'elle se lève et prépare son matériel avant de venir immédiatement chez nous. Elle dit aussi que Lien peut prendre un bain si elle le veut. On saute sur l'occasion et Lien saute dans la baignoire. Il est un peu plus de 2 heures. Lien ne donne pas l'impression d' “avoir mal”. Au contraire, elle rigole et raconte encore des blagues entre les contractions. “Les contractions, c'est comme une étape de montagne en cyclisme : une fois qu'on a atteint le sommet, il suffit de se laisser aller dans la descente...” Moi je fais de mon mieux pour appliquer ce qu'on a appris chez Arielle, j'essaie de servir de GPS à Myarn pour qu'elle trouve le chemin vers le monde extérieur. Une main dans le bas du dos qui fait pression vers le bas, une autre sur l'intérieur de la cuisse pour pincer et “attirer” Myarn vers l'extérieur. Et ça à l'air de marcher, les contractions s'accélèrent, Lien doit quitter le bain pendant quelques minutes pour le “grand nettoyage interne” (et dire qu'à l'hopital les médecins prescrivent un lavement de manière presque systématique...) et puis y replonge.

A ce moment, les contractions changent de nature, et Lien perd un peu son sourire. Elle pense que ce n'est que le début de longues heures de contraction, alors qu'en fait on est déjà presque à la fin. Il est 3h30, je rappelle Mieke en quatrième vitesse, elle est déjà devant la porte avec son matériel. On laisse la porte d'entrée entrouverte pour Véronique, la deuxième sage-femme qui doit arriver, et Anton, le copain photographe qui doit prendre des photos de la naissance. Mieke monte dans la salle de bains et ausculte immédiatement Lien. Dilatation complète, Myarn arrive. Tout s'accélère : en cinq minutes Mieke prépare notre chambre et installe son matériel, fait chauffer de l'eau,... Pendant ce temps les poussées se font de plus en plus fortes et j'accompagne Lien comme je peux. Même si tout va beaucoup plus vite qu'on ne le pensait, on garde (presque) toujours le sourire. Ce qui nous arrive est formidable et pouvoir vivre ce moment à la maison est un rêve qui devient réalité.

Il est 3h40, Lien sort du bain et va s'installer sur le tabouret d'accouchement, je m'installe derrière elle. Lien crie et crie encore pour accompagner la poussée. Anton le photographe arrive au moment où la tête de Myarn se fraie un chemin vers l'extérieur. Il se demande où il débarque, lui qui pensait avoir le temps d'installer tranquillement son matériel. La tête de Myarn est sortie, accompagnée par un petit poing, et le reste suit immédiatement. Elle ne pleure pas (adieu la légende qui dit que tous les bébés doivent pleurer à la naissance). Elle lance un petit cri et commence immédiatement à regarder autour d'elle. C'est Lien qui la “sort” de son ventre et la pose immédiatement sur sa poitrine, Mieke ne fait qu'observer à distance que tout va bien. Il est 3h57. Nous nous couchons immédiatement tous les trois sur notre lit, placé juste derrière le tabouret d'accouchement et faisons tranquillement connaissance avec notre fille, qui cherche presque immédiatement le sein de sa mère. Personne pour nous déranger, prendre notre fille pour la peser, la laver, l'habiller. C'est comme si nous étions tous seuls dans notre cocon, même si autour de nous Mieke, Véronique et Anton s'affairent.

Il s'écoule plus d'une demi-heure avant que nous sortions de notre petit monde à trois. Le cordon a cessé de battre et je peux fièrement le couper. Le placenta est également “né” entretemps. Mieke propose à Lien de l'accompagner pour prendre une douche et se laver pendant que je m'occupe de mesurer, peser et habiller Myarn avec Véronique et sous l'objectif d'Anton.

Il est 5h passées. Nous nous couchons tous les trois dans notre grand lit. Mieke, Véronique et Anton ferment la lumière et la porte en partant. Bonne nuit les petits. Myarn dort déjà, Lien et moi ne fermons pas l'oeil du reste de la nuit. Elle est tellement belle...

Nous avons énormément de reconnaissance et d'admiration pour Mieke, Inneke et Véronique, les trois sage-femmes qui nous ont accompagnés avant, pendant et après la naissance de Myarn. Elles représentent une somme énorme de courage, de tendresse et de compétence. Merci aussi à Arielle qui, d'une certaine manière, nous a montré la voie à suivre.

Fabien et Lien (papa et maman et Myarn, née le 11 décembre 2004)