Lettre d'un père à son tout petit.

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Témoignage de Sam dont l'enfant est né en 2013

Il est 22h, ta maman a des petites contractions, je prends note du temps qui s’écoule entre les débuts de chacune d’elles. Je suis excité car je suis persuadé que c’est imminent. Ta maman, m’avait appelé plutôt dans la journée pour me dire qu’elle ressentait certaines douleurs dans le bas du ventre et qu’elle avait des pertes « bizarres ». J’en parlais à mes collègues médecins aujourd’hui qui me disaient que ce serait sans doute préférable d’aller à l’hôpital. Finalement, ta maman a fait un monitoring à Rogier, accompagnée de Lisou, monitoring qui s’est avéré peu concluant. Je continue à calculer l’espacement entre chaque contraction, celui-ci varie de 5 à 13 min (espacement de 5min étant la référence). Entre chaque contraction je prépare doucement nos affaires pour aller à la maternité, malgré les dires de ma chère et tendre qui me rassure en me disant, d’une part, qu’elle a ce genre de douleurs depuis une semaine, et d’autre part, que le monitoring de cet après-midi était « négatif » et dès lors qu’il y a peu de chances que cela se produise ce soir. Elle prend une douche chaude vers 23H45, les contractions disparaissent.. « Tu vois Sam ! ». Je suis toujours persuadé que c’est pour cette nuit. Je n’arrive pas à m’endormir directement. 3H00, Maman bouge pas mal, je sais qu’elle va souvent aux toilettes, qu’elle a des douleurs parce que c’est difficile pour elle de trouver la bonne position dans le lit avec son gros ventre, que tu la réveilles de temps à autre. Elle me laisse dormir. 3H30, Elle crie. Je me réveille difficilement. J’ai une boule au ventre. Elle se tort de douleur tous les 3-4 min. C’est dur de communiquer avec elle. Sam c’est à toi de jouer. Elle fait encore mine que c’est rien, mais ça ne dure pas. J’élève la voix pour lui faire entendre raison. Je prépare les bagages devant la porte d’entrée. Je lui somme d’appeler notre sage-femme pour lui expliquer ce qu’elle ressent exactement. La sage-femme lui dit que le travail commence et qu’il faudrait mieux filer à l’hôpital. Je vais chercher la voiture. J’ai toujours une boule au ventre. Je n’ai pas encore fait le trajet jusqu’à l’hôpital en passant par le ring (je veux éviter le centre car les routes ne sont pas toutes en bon état) et j’ai mal au cœur de voir ta maman comme ça. J’ai peur de ne pas avoir les bonnes réactions avec elle. Je sens qu’elle rentre doucement dans sa petite bulle sécuritaire. La communication risque d’être par la suite compliquée. Ca y est, on est parti. Ta maman a des sautes d’humeur. A la moindre bosse, elle est furax. Le premier feu rouge arrive. Je m’arrête. Maman m’engueule : « Tu veux que j’accouche dans la voiture c’est ça !». Ta maman se plaint de plus en plus. Mon stress commence à prendre le dessus. Le prochain feu rouge arrive. Je ralentis et le traverse sans poser de question. Au feu suivant, des voitures sont devant moi. Je m’arrête, maman me demande si je veux vraiment qu’il y ait un bain de sang dans la voiture.. Je mets les feux de détresse, monte sur le trottoir, et trace. Je me prends un flash à 85km/h dans une zone 30km/h. Je vois qu’il y a un 2ieme flash plus loin. Je ralentis discrètement et prend des nouvelles de ma petite femme pour faire diversion. Je remarque qu’elle n’est plus du tout avec moi.. Le gps déconne, je sors une sortie trop tôt. Ta maman remarque le détour sur le gps et je me fais incendier. On arrive aux urgences. Ta maman sort de la voiture et court vers l’accueil. Je me gare. Je la rejoins dans le hall d’entrée. Elle se roule par terre. Le brancardier arrive et pense que la situation est grave, que ta maman est tombée par terre. Je lui réponds que tout va bien mais que l’accouchement est imminent. On arrive dans une première salle ou on nous pose des questions de base. Maman est à 3 cm. Elle ne tient plus en place. Toutes les positions lui font mal. Elle se déshabille cash. Je lui masse le bas du dos. Ca a l’air de marcher un peu. Les sages femmes qui sont avec nous n’ont pas l’air de s’inquiéter. Ca me rassure, mais elles restent en retrait par rapport à l’attitude de ta maman et je trouve qu’elles manquent un peu de réactivité. On passe dans la salle d’accouchement. Elle a toujours aussi mal. On dirait un animal en souffrance. Toute discussion sensée et réfléchie n’est plus possible. Elle veut une péridurale. Aie c’est beaucoup trop tôt, et je sais que Chantal (notre sage-femme) nous avait dit que la plupart des femmes en demandaient, puis le regrettaient. De plus, notre projet était de faire un accouchement le plus naturellement possible (3 séances d’hypno, sessions de préparation à la naissance avec Chantal et changement d’hôpital pour plus de contact humain et moins de médicalisation). J’essaie de la rassurer de parler d’autre chose, mais elle revient avec cette requête. J’ai l’impression de passer pour un mari indigne devant la sage-femme. Elle lui propose de faire couler l’eau pour un bain. Les choses s’empirent. Je tiens la nuque de ta maman pour ne pas qu’elle boive la tasse. Elle se tort dans tous les sens. Je lui caresse le bas du dos et le front. Je suis maladroit, je ne trouve pas les bon mots. Les seuls mots qui me viennent à l’esprit sont les « courage, ça va aller » et autres débilités superficielles. Ça devient dur pour moi de lui garder la tête hors de l’eau. J’ai des crampes aux deux bras (je la masse toujours avec l’autre main) et j’ai toujours cette angoisse liée à mon impuissance dans une telle situation. La sage-femme me propose de baisser le niveau d’eau. Elle aurait pu y penser avant. Ta maman sort de l’eau et se couche parterre à même le sol. On la convainc que c’est mieux de mettre en drap en dessous d’elle. Elle est à 7 cm. J’apprends que Chantal n’a pas été prévenue. Je l’appelle, la réveille. Elle est étonnée que cela se passe aussi rapidement. Elle prend une douche et elle arrive. Je dois tenir jusque-là. La sage-femme m’explique que la douleur extrême que ta maman ressent est due au fait que tout se passe très vite (3 à 7cm en moins d’une 1h). Ca me rassure de connaitre la raison d’une telle souffrance. Ta maman a par la suite des périodes entre ses contractions où elle peut un peu récupérer. J’arrive doucement à la rassurer, et à mettre en place ce qu’on avait appris lors des sessions de relaxations (endroit imaginaire sécuritaire, sentir son corps et accepter l’instant présent, relaxation axée sur la respiration, ..). On commence à prendre tous les deux le contrôle de la situation. Elle reste par terre une demi-heure. Je la masse toujours. Puis elle change d’avis et veut aller sur la table. Je la quitte une seconde pour relancer le CD de musique « calme » prévu pour l’accouchement : « Coupe cette musique de merde ! Et continue à me masser ! ». C’est clair et sans détour. Je suis plus calme, plus confiant mais on me dit qu’on approche les 9-10 cm. Chantal arrive comme par miracle. Toute mon angoisse disparait. Elle trouve les mots juste avec ta maman, la rassure avec un peu d’humour et détend un peu l’atmosphère. Je me sens fatigué. Je me surprends à penser un peu à autre chose. Il est 6H00. Ensuite ta maman commence à pousser. On pousse tous avec elle. Elle me regarde dans les yeux. Je lui rends un regard féroce (imitant un haltérophile avant sa portée), et lui crie que tout se passe maintenant, qu’elle doit se battre pour son petit et que se sera bientôt finit (j’ai répété cette dernière phrase 12 fois au cours de l’heure et demi qui suivait, elle n’y a vu que du feu, héhé). Ta maman nous dit après une heure qu’elle n’a plus d’énergie. Chantal choisit bien ses mots une fois de plus et lui en redonne. Ta maman se bat comme une lionne. Elle m’impressionne. Je suis hyper fier d’être son petit mari chéri. C’est quelque chose qui me rassure aussi. Je sais que tout va bien se passer. Je vois le début de ton crâne, puis le haut de ton front, puis « pop », ta tête est là et quelques poussées plus tard Chantal te prend et te donne à ta maman. Ta maman se met à pleurer de joie et me regarde avec un grand sourire. Je réalise doucement. Petit Sacha est là. Tu es là !