L'accompagnement de la naissance aux Pays Bas

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Témoignage de Sophie (sage-femme)

" Accompagner quelqu'un, ce n'est pas le précéder ni indiquer la route, lui imposer un itinéraire, ni même connaître la direction qu'il va prendre, MAIS C'EST MARCHER à ses côtés en le laissant libre de choisir son chemin et le rythme de ses pas. " P.Verpieren.

Je n'étais encore qu'au lycée lorsque j'ai découvert les Pays-Bas .Accompagnée de trois amis, nous avions décidé de rendre visite à notre compagnon alsacien qui s'était installé à Rotterdam quelques mois auparavant. C'était en 1998, à la veille du baccalauréat, et j'avais déjà la ferme intention de devenir sage-femme.

Au fil des discussions et des rencontres, nous avons appris à connaître ce pays et à l'aimer. Nous avons été tout à la fois surpris et charmés par la sympathie de ses habitants.
J'ai découvert un autre visage de la naissance : celui de l'accompagnement global et personnalisé de ce moment de vie, par une Sage-Femme, à domicile. Tout cela, sans l'apport de techniques superflues mais en total respect des parents, de l'enfant, du corps.

Puis, tout doucement, mes pas m'ont conduite vers ce pays, mais cette fois en tant qu'élève Sage-Femme. J'avais alors quitté l'Alsace pour intégrer l'école de Bruxelles .
En deuxième année, lors d'un congrès à Arlon (Belgique), j'ai rencontré Mademoiselle Mottin, Directrice de l'école de Sages-Femmes de Strasbourg à la retraite. Elle m'a parlé d'une Sage-Femme française établie à La Haye que j'ai pu contacter en vue d'effectuer un stage dans son cabinet. Après de nombreuses démarches, j'ai obtenu l'autorisation de mon école ainsi que du cabinet, et c'est ''armée'' d'une bicyclette, d'un téléphone portable et d'un plan de la ville je suis arrivée à La Haye pour 3 semaines de stage .


L'accouchement aux Pays - Bas

1) Quelques chiffres

Dans ce pays de 15 millions d'habitants, la grossesse et l'accouchement sont considérés comme des processus naturels. L'accouchement peut avoir lieu à la maison sous la surveillance d'un professionnel : Sage-Femme ou parfois médecin généraliste.
85% des Sages-Femmes travaillent en secteur libéral, 15% en milieu hospitalier .
En 2001, 33% des accouchements ont eu lieu à domicile, 67% à l'hopital.
Concernant le taux d'allaitement exclusif à 4 mois, il est passé de 24% en 1992 à 33% en 1997.

2) Le système de soin et le mode de sélection

Aux Pays Bas, on distingue 3 niveaux de soins pour les femmes enceintes :

· 1er échelon : la sage femme libérale
· 2ème échelon : gynécologue - pédiatre
· 3ème échelon : intervenant(s) de l'hôpital universitaire.


Par exemple, dans le cas d'une grossesse normale, la sécurité sociale ne rembourse que les soins dispensés par le 1er échelon.

Les futures mères sans problèmes particuliers peuvent choisir de donner naissance à leur enfant soit à la maison, soit en polyclinique ; dans ce cas , le matériel utilisé sera identique à celui disponible à domicile et le retour à la maison se fera dans les 24 heures.
Dans les deux cas, l'accouchement a lieu sous la surveillance de la Sage-Femme ou du généraliste qui a suivi la grossesse . Pour orienter les femmes et dépister les pathologies , les Sages-Femmes ont recours à la liste officielle d'indications obstétricales : V.I.L.(Verloskundige Indicatie Lijst )

La Sage-Femme dresse l'inventaire des maladies et troubles divers qui constituent le passé médical et obstétrical de la future mère ou qui sont susceptibles de se déclarer lors de la grossesse, de l'accouchement ou en suites de couches (post partum).
Dans le cas où la Sage-Femme constate des complications dans l'anamnèse, voire même un élément de surveillance perturbé lors de la grossesse, elle peut demander une consultation du 2ème échelon. Ensuite, éclairée par cet avis, c'est elle qui décide de la suite de la surveillance .
Dans le cas d'une pathologie lourde recensée dans la V.I.L., par exemple pré-éclampsie en cours de grossesse ou liquide méconial durant le travail d'accouchement, la Sage-Femme passe la main au Gynécologue, qui accompagnera la future maman lors de la grossesse et/ou de l'accouchement.


RENCONTRE avec le cabinet de SAGES-FEMMES TUYA, à La Haye


La ville de La Haye ( 450 000 h) compte 12 cabinets de Sages-Femmes. Le cabinet TUYA se compose de trois professionnelles : une Française et deux Néerlandaises. A elles trois, elles pratiquent près de 500 accouchements par an .
Etant données la population et la dimension de la ville, le cabinet dispose de 3 lieux de consultation : un au nord, un au centre et un troisième au sud est.
Elles se déplacent en voiture, disposent d'un téléphone portable pour être joignables à toutes les heures du jour et de la nuit .
J'ai eu l'occasion de travailler avec chacune d'elles à tour de rôle, ce qui m'a permis d'avoir une vue d'ensemble de leur pratique.

1) Les consultations prénatales

Après 6 km à bicyclette, le plan de la ville sur le guidon, et quelques détours, j'arrive au cabinet du Frankenslag ( nom de la rue) ; ô surprise : les consultations ont lieu dans une maison. Passée la grande porte en bois , on se trouve dans une petite salle d'attente ;thé et café à disposition des mamans, des papas et souvent des enfants et des grands-parents venus également participer à la consultation.
La salle de consultation est une pièce claire, délicatement décorée et chaleureuse. Au centre, une grande table ronde en chêne entourée de chaises et une grande corbeille d'osier contenant des ours en peluche et des jouets pour les enfants.
Devant la baie vitrée, un plan de travail en bois avec lavabo. Au fond de la pièce, masqués par un rideau clair, une balance et une table d'examen.
La consultation se déroule ainsi : à son arrivée, la future maman et les personnes qui l'accompagnent, s'installent autour de la table. La sage-femme s'asseoit à côté de la future maman.

Lors de la première consultation, la mère se voit remettre un livret contenant des informations sur le cabinet, le rythme des consultations, des conseils alimentaires, un compte-rendu des divers antécédents ainsi que des futures consultations. Y sont également mentionnés les signes laissant présager le début du travail, la liste du matériel nécessaire pour accoucher à domicile, des explications relatives aux suites de couches, mais aussi des références d'ouvrages ou encore divers numéro de professionnels tels masseurs, haptonomes, professeurs de yoga...

La Sage-Femme interroge également les parents sur leur(s) projet(s) de naissance, leurs attentes, leurs craintes . On répond également à leurs questions.
Les examens tels que la mesure de la tension artérielle, le poids, la hauteur utérine, les bruits du cœur sont alors pratiqués. Le toucher vaginal n'est pratiqué qu'en cas de signe(s)d'appel(s). On encourage les futures mamans à téléphoner à la moindre interrogation.
Les quinze autres consultations de la surveillance de grossesse suivent le même schéma .
Au fil des semaines, des mois, une véritable relation de confiance se crée entre les parents et les sages-femmes. Souvent, les mamans reviennent dans ce cabinet lors des grossesses suivantes.
C'est dans cette ambiance très chaleureuse et très conviviale que se poursuivent les rencontres. On y aborde tour à tour le déroulement de la grossesse, les incidents, la préparation à la naissance, l'allaitement maternel et les signes du début du travail.

2) Souvenir d'un accouchement à domicile

" Des contractions toutes les 5 minutes " nous avait annoncé Maaike au téléphone. Il était 3 h du matin . Sylvie, la sage-femme est venue me chercher. Dans notre malette : un stéthoscope, un tensiomètre, des gants stériles, un doptone, pour écouter le cœur du bébé, et le siège d'accouchement (Baarkruk). Egalement à disposition : de l'oxygène, du matériel de perfusion et d'injection, des ampoules d'ocytociques.

A notre arrivée, Erwin nous a fait entrer au salon, Maaike prenait une douche pour se relaxer. Puis nous avons examiné Maaike : dilatation à 4 cm et écouté les bruits du cœur du bébé. Tout allait bien.Pour soulager Maaike, nous lui avons proposé de s'installer à l'envers sur une chaise, la tête reposant sur des coussins. Erwin lui a alors massé doucemen le bas du dos.
" Ils (Erwin et la Sage-Femme) avaient beau m'encourager, je souffrais et je n'arrivais pas à me souvenir de ce que j'avais appris et qui m'avait été utile au début. Je ne pouvais rien contrôler .La poche des eaux s'est soudain rompue, les douleurs ont été plus violentes et j'ai commencé de ressentir le besoin de pousser. La sage femme m'a aidée à m'installer sur son tabouret (Baarkruk), mon mari assis derrière me soutenant le dos. A ce stade,c'est un peu différent, les douleurs persistent mais on a l'impression de voir le bout du tunnel.Puis la sage femme m'a annoncé que la tête était là et elle me l'a montrée dans le miroir. Ils ont continué à m'encourager et j'ai senti que le bébé sortait.
La sage femme a déposé notre bébé sur mon ventre, elle a attendu que le cordon ait cessé de battre pour tendre les ciseaux à Erwin, qui l'a coupé.Notre bébé était là, calme et serein, les yeux grand ouverts. Puis il s'est mis à bouger, bouche ouverte à la recherche de mon sein. Spontanément je l'ai guidé dans la bonne direction. Puis le placenta est sorti, la sage femme a demandé si nous voulions le conserver . "

Le bonheur, le calme, la sérénité règnaient dans la pièce. Bébé avait trouvé lui-même le chemin vers la nourriture, la maman était épuisée mais rayonnante et le papa irradiant de fierté, regardait la scène les yeux pleins d'amour.
Peu après, l'aide maternelle (Kraamverzogster), contactée par les parents pendant la grossesse est arrivée. Cette personne vient aider la mère durant la semaine qui suit l'accouchement, à raison de 3 à 8 heures par jour ; elle s'occupe en priorité de la maman et du bébé mais aussi de la maison , des courses, des visites.
Elle soutient et conseille la maman pour l'allaitement . L'aide maternelle est entièrement prise en charge soit par la Sécurité Sociale, soit par les assurances privées .

Après la naissance, nous sommes encore restées une heure près des parents, puis nous avons passé le relais à l'aide maternelle. Sylvie m'a déposée chez moi, encore toute émue de ce que je venais de vivre.


3) Les suites de couches

La Sage-Femme rend visite aux accouchées tous les jours voir 2 jours , pendant dix jours. Lors des visites, l'aide maternelle fait le rapport des soins donnés tant à la mère qu'au bébé. Tous ces renseignements sont consignés dans un livret de bord.
Un autre livret consacré à l'allaitement contenant conseils et choix d'ouvrages, recense le nombre des tétées, l'émission d'urine et de selles Les parents sont également informés des lieux de référence à contacter pour toute question concernant l'allaitement maternel.
Aux Pays Bas, quatre organismes, dont La Leche League, fournissent des informations relatives à l'allaitement : sur internet, par téléphone ou courrier. Ils publient des journaux tous publics et forment des personnes intervenant auprès des parents. Les parents eux-mêmes peuvent aussi avoir accès à la formation.

Ainsi, c'est en mettant l'accent sur l'aspect naturel et profondément humain de la naissance et aussi grâce à l'institutionalisation des procédures qui effectue la sélection entre physiologique et pathologique (V.I.L.) que le système néerlandais se démarque..

En 1994, l'Institut Néerlandais pour la recherche du 1er échelon (NIVEL) a publié les résultats d'une étude comparant l'activité de 97 sages femmes en polyclinique et à domicile. L'étude porte sur 1836 accouchements et évalue 36 critères médico-obstétricaux..
Les conclusions sont les suivantes :
· pour une primipare avec une grossesse normale, l'accouchement à domicile est au moins aussi sûr qu'en polyclinique.
· pour les multipares avec une grossesse normale, les résultats à domicile sont meilleurs qu'en polyclinique

§ accès direct à l'article : www.bmj.com/cgi/content/full/313/7068/1309



En conclusion, ces quelques semaines à La Haye ont été fantastiques ; j'y ai découvert le véritable visage de la naissance : celui qui laisse place à l'humain, au respect des autres dans leur intégrité et leurs différences.
Merci à tous ces parents de m'avoir permis de vivre ces merveilleux moments de vie.
Merci de m'avoir écoutée et accordé ces quelques lignes.

Que s'est-il passé depuis ?

Je suis désormais en quatrième année, toujours à l'école de Sages-Femmes de Bruxelles. Il y a peu de temps, j'ai eu l'occasion de retourner en stage dans le même cabinet de Sages-Femmes, mais cette fois durant un mois et demi. Je ne vous cacherai pas que cette nouvelle expérience a été très enrichissante.
Sylvie travaille désormais toute seule, mais les qualités humaines de son cabinet restent tout à fait exceptionnelles.



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BIBLIOGRAPHIE
· AKRICH,M., BERNIKE,P., Comment la naissance vient aux femmes, les techniques de l'accouchement en France et aux Pays Bas. Editions MIRE, coll. Les empêcheurs de penser en rond. Paris 1996 194 pages
· JONGMANS, L., " Naître dans l'eutocie à l'aube du III° millénaire ", in Profession sage femme, n°75, Mai 2001, Pages 36-37
· JONGMANS,L., " L'actualité de la sage femme néerlandaise ", in Les dossiers de l'obstétrique, n°253, août 1997, pages 14-15
· Site pour une naissance plus citoyenne : www.fraternet.