La naissance et le décès de Cendrine (†)

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Témoignage de Philippe et Anne

Tout d’abord, il me faut avouer que je n’aime pas avoir mal. Qui aime avoir mal, d’ailleurs ? Et un accouchement, c’est très douloureux… et c’est long… Enfin, c’est ce que j’ai entendu maintes fois… De plus, une simple piqûre est un traumatisme pour mon corps qui se sent alors agressé… Je me souviens de l’injection d’un liquide de contraste dans le genou droit avant une arthrographie. Ma jambe est fléchie, l’aiguille approche du genou… Au moment où elle pénètre dans celui-ci, un réflexe (?) envoie mon pied en l’air ! Me voilà la jambe tendue, une aiguille plantée quelque part dans le genou… Mais où est l’aiguille? Plus de peur que de mal, après vérification sur l’écran du radiologue, elle s’est placée au bon endroit… Par trois fois, j’ai dû subir un tel examen… Et par trois fois, mon pied a bougé… Heureusement, le médecin s’était, à ma demande et à son étonnement - ben oui, on ne lui demande pas cela tous les jours… - gentiment assis sur mon pied…

Alors, j’imagine le moyen dont tout le monde (ou presque) parle pour diminuer voire supprimer les douleurs pendant l’accouchement : une péridurale… L’aiguille approche de mon dos… y pénètre… et mon corps se rebiffe par un mouvement quelconque… Et je me souviens du cours de bio, en rhéto… - c’est loin, la médecine a certainement fait des progrès depuis… - et des explications de la prof, exemples de « cas » à l’appui… paralysie… un demi corps anesthésié… L’horreur quoi…

Bref, il fut un long temps pendant lequel l’idée d’accoucher m’était tellement insupportable que j’avais décidé de ne jamais avoir d’enfant ! Mais bon… voilà… Il n’y a que les sots qui ne changent pas d’avis…

Tout d’abord, il y a « LA » rencontre… Philippe entre dans ma vie… L’idée de fonder une famille germe tout doucement dans mon cœur… Mais la peur de la douleur est toujours trop forte…

Je décide tout de même de m’informer, tout azimut, achetant des tas de magazines, surfant sur des tas de sites… Je suis à la recherche d’une technique pour éviter la douleur… Et à force de chercher, je découvre des témoignages de mamans, de papas, de sages-femmes… La grossesse et l’accouchement prennent un autre sens pour moi ! Pour faire très court, une naissance (et donc un accouchement), c’est une véritable aventure à vivre à trois, le papa, la maman et le bébé.

J’ai envie que notre bébé vienne au monde dans une ambiance sereine. Or, pour que cette ambiance soit sereine, il faut avant tout que je sois sereine… Le lieu où je me sens le mieux en cas de stress : mon bain… Et voilà comment l’envie d’accoucher dans l’eau a fait son chemin… Mais voilà, où accouche-t-on dans l’eau ?

J’ai déménagé de Liège à Mons. Mon « réseau médical » est à construire car je me vois mal faire 150 kilomètres pour aller voir un médecin. Donc, je m’informe et trouve un jeune (pas envie de changer encore dans 5 ou 10 ans) gynéco qui … « pratique » l’accouchement dans l’eau à Baudour.

Rassurée (?) par la découverte de ce gynéco, je suis assez rapidement enceinte. Nous sommes aux anges, Philippe et moi. D’échographie en échographie, nous suivons le « développement » de ce bébé. Tout va pour le mieux… jusqu’au jour où notre gynéco aborde le triple test, simple formalité… avant une échographie… Echographie où tout ce dont nous parle notre gynéco comme d’un chiffre statistique si infime… s’affiche… Lors de cette échographie, le gynéco décèle un problème chez bébé. Une amniocentèse d'urgence est réalisée ainsi qu'une prise de sang (pour rechercher d'éventuelles traces de virus ou autres) et une étude de caryotype. Une interruption de la grossesse est à envisager.

Avant de prendre une décision, nous voulons nous informer et sommes à la recherche de quelques littératures abordant les sujets de l'interruption de la grossesse, du choix face à cette prise de décision, le deuil,… C’est ainsi que nous faisons connaissance avec Alter-NativeS et que nous correspondons avec Sylvie.

Entre temps, nous recevons les résultats de l'amniocentèse et ceux-ci sont à l'opposé de ce qu'attendaient les gynécologues. Alors qu'ils étaient persuadés de se trouver face à un cas indiscutable de trisomie, voici qu'il n'y a aucune anomalie de chromosomes… Rendez-vous est pris la semaine suivante pour une nouvelle échographie et pour "discuter"… Encore une semaine dans l'attente et l'angoisse. Le gynécologue explique ce "long" délai parce qu'il doit recevoir les résultats de la prise de sang (deux semaines, c'est beaucoup nous semble-t-il pour analyser une prise de sang, alors qu'il n'a fallu "que" 5 jours pour l'analyse du liquide amniotique…).

Je suis à 16 semaines de grossesse. Si je n'avais pas été suivie "en privé", il n'y aurait pas eu d'échographie à 15 semaines... Or, nous avons lu que la plupart des problèmes ne se décelaient qu'à l'échographie de 22 semaines, voire ne se décelaient que bien plus tard… Nous ne savons que penser…
Depuis que nous avons reçu les résultats de l'amniocentèse, je suis de nouveau malade et mon compagnon, quand il met sa main sur mon ventre, a l'impression de sentir des ondulations, comme des vagues. J'ai ressenti cela une fois aujourd'hui. Coïncidences? Effets psychosomatiques?
En tout cas, cela nous donne envie de faire confiance à ce petit être.

Le lundi de Pâques, nous avons donc rendez-vous chez notre gynécologue. Il nous explique qu'il a bien reçu les résultats de ma prise de sang (je suis immunisée contre les fameux virus et n'ai pas été récemment en contact avec eux). Il nous explique aussi comment se réalisent les premières analyses de chromosomes et pourquoi il attendait la suite de cette analyse. Il refait une échographie pendant laquelle nous constatons ensemble que rien de plus n'est visible, que le coeur de bébé bat toujours mais qu'il ne bouge toujours pas plus. Plusieurs fois, notre gynécologue nous dit "je ne suis pas spécialiste de l'échographie" (voulant dire: je ne suis pas à même de déceler tous les problèmes).

Comprenant que nous n'envisagerons pas une interruption de la grossesse sans avoir des éléments plus "concrets", il nous propose une échographie morphologique quinze jours plus tard, chez sa collègue (cette dame est "spécialiste" en échographie). Si, à cette échographie-là, eux deux ne peuvent "certifier" un problème, ils nous enverront alors à Erasme pour un avis plus éclairé sur les suites de la grossesse: bébé viable ou non, si oui avec quelle(s) malformation(s), quel(s) problèmes possibles.

Nous rentrons chez nous et, après réflexion, nous décidons d'en parler avec notre médecin traitant. Celui-ci, très à l'écoute, nous dit qu'il va prendre conseil chez un collègue pour nous renseigner à un autre gynécologue, pour avoir un autre avis, un gynécologue qui serait très familiarisé avec les échographies.
Un rendez-vous est pris très rapidement et le vendredi matin, nous sommes chez une troisième gynécologue. Nous lui expliquons la situation.
Avant de faire l'échographie, elle prend le temps de nous expliquer ce qu’est une trisomie, les différents "cas" (trisomie 21, mais aussi 18, 13…), les différents problèmes possibles, la viabilité de ces enfants.

Nous avions déjà lu beaucoup sur le sujet et le fait de l'entendre de sa bouche nous conforte dans le fait que nous devons savoir "à quoi nous attendre" avant de prendre une décision : mettre au monde un bébé présentant une trisomie 21 "simple" n'étant pas le même que mettre au monde un bébé poly-handicapé! Nous lui demandons de nous dire tout ce qu'elle va "découvrir" lors de l'échographie. Ce qu'elle fait, après avoir pris le temps de bien observer bébé. Elle le fait avec beaucoup de douceur, en employant des mots simples, compréhensibles. Pour terminer, elle nous dit alors ce que nous avions vu sans le voir vraiment… le coeur de bébé ne bat plus… Bébé nous aidait à prendre notre décision.

Une décision prise à trois puisque nous lui demandions de nous aider, que s'il n'était pas "en état" de poursuivre sa route vers le chemin de la vie, il nous le fasse savoir, que nous l'aimerions et lui ferions une place dans notre vie, nous lui donnerions son prénom… La gynécologue nous a conseillé de prendre contact rapidement avec notre gynéco, ce que nous avons fait. Bien qu'en congé, celui-ci, contacté par sa secrétaire, nous a appelés dès le samedi matin. Il fut lui aussi extraordinaire. Il nous laissa le choix entre laisser faire la nature ou provoquer l'accouchement.

Sachant que ce serait un moment difficile à vivre, tant affectivement que physiquement, j'avais pris mes informations quand au déroulement de l'acte en lui-même. Même si c'était dur, je ne souhaitais pas garder bébé dans mon ventre plus que nécessaire. Le moment était venu pour lui de venir au monde. Rendez-vous fut pris pour le soir même à l'hôpital.

Et là, chapeau à l'équipe! En lisant divers témoignages sur le net, je peux dire que nous avons eu face à nous une équipe extraordinaire! Nous ne manquerons pas d'ailleurs de le leur dire! Beaucoup de compréhension, d'écoute, de présence, de chaleur humaine,…
Mon compagnon a pu et est resté à mes côtés de la première minute (entrée à l'hôpital) à la dernière (sortie le lundi)! Il a été considéré comme une personne: le papa! Personne ne l'a nié! Autour de nous, nos proches lui demandent de mes nouvelles, mais peu pensent à lui demander comment il va, lui !

L'accouchement en lui-même n'a pas été hyper médicalisé (juste la mise en place d'un laminaire et de deux médicaments intra vaginaux pour dilater le col). Ce "traitement" était prévu deux fois, l'un à 22h, l'autre vers 8h30. Le second n'a pas été nécessaire! Vers 2h, le travail commençait, et à 4h, j'étais au lit!

Nous n'avons pas vu bébé. Bien informés par la gynécologue vue le vendredi des diverses malformations que présentaient bébé, nous avions demandé à l'infirmier accoucheur de ne nous le montrer que si il était "visible" pour nous. Avec beaucoup de délicatesse, il nous a déconseillé sa vue, ce qu'a confirmé sa collègue le lendemain. De fait, nous préférons garder en souvenir la dernière image vue à l'échographie: bébé qui semblait nous faire signe de la main…

Pendant le travail, j'ai repensé au texte qui avait été lu lors de la journée Alter-NativeS à Ottignies. J'avais l'impression d'être portée sur une vague. Je me suis laissé glisser sur cette vague, sur ces vagues qu'étaient les contractions.
J'ai le sentiment d'avoir aidé bébé à venir au monde.
Je ne l'oublierai jamais !
Bébé était une fille: Cendrine.
Nous attendions un petit rayon de soleil… nous avons trouvé le "ciment" de notre couple!

Nous nous sommes laissés le temps de vivre ce deuil… Puis, un beau jour, me voici de nouveau enceinte. Lire la suite...

Anne et Philippe

Ci-dessous, une copie du texte, trouvé sur internet, qui a illustré le faire-part de Cendrine.


Chanson pour une petite fille repartie avant même d’être arrivée

Luc Mayor
« Le chemin d’accès »
B Real productions no : CMAY 002