La naissance de Lucile: un accouchement dans l'eau

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Témoignage de Philippe et Anne

Nous nous sommes laissés le temps de vivre le deuil de Cendrine (lire ce témoignage de Anne et Philippe)… Puis, un beau jour, me voici de nouveau enceinte.

Nous avons donc revu le gynéco qui, d’emblée, à refuser de surmédicaliser cette nouvelle grossesse. Aucun examen supplémentaire ne serait fait. La seule « précaution » qu’il prendra sera de confier les deux examens échographiques « importants » à deux de ses collègues, afin que 6 yeux voient bébé… Cela nous convient très bien.

Au fur et à mesure de nos rencontres, nous abordons le point « accouchement » et sa préparation. Nous expliquons notre souhait de mettre au monde notre enfant dans l’eau, et il nous conseille une préparation à la naissance dans l’eau aussi. Alléchés par la présentation de cette préparation « aquatique » faite par la sage-femme qui s’en occupe, nous nous inscrivons.

Et hop ! C’est parti pour une rencontre avec bébé ! Enfin, c’est ce que nous croyons… Lors de la première séance, je découvre qu’avec un masque, je peux aller sous l’eau sans crainte… Je m’y sens comme bébé doit se sentir dans mon ventre… Cette préparation nous semble en accord avec notre projet de naissance.

Deuxième séance… Je suis très fatiguée… Est-ce seulement le fait de faire tous ces exercices dans l’eau ? Philippe ne semble pas à son aise non plus. Je suis tendue et stressée. L’eau ne me fait pas de bien, alors qu’un bon bain est si relaxant…
Les journées se suivent… Je me traîne un peu… Les navettes m’épuisent.
Visite chez le gynéco… Col raccourci et mou ! Pas de panique mais repos ! Plus de navettes en train, plus de boulot… Cela devrait permettre au col de cesser de bouger ! Je peux continuer la préparation dans l’eau, ouf !
Mais il y a quelque chose qui ne va pas…

Après une grosse discussion avec Philippe, nous décidons de réfléchir et de nous dire franchement ce qui ne va pas ! Une broutille en fait, mais qui a son importance : Philippe ne se sent pas à l’aise dans le groupe. Il a l’impression d’être à un cours de gymnastique dans l’eau !
Nous sommes là pour préparer la venue au monde d’un petit être et tout le côté affectif de ce grand événement semble mis de côté.
Entre les « le jour J il faudra faire ceci ou cela » et les « faites des bulles »…, il ne trouve pas sa place. Moi, je le trouve tendu, stressé et j’ai l’impression de ne pas pouvoir compter sur lui. Or, je sais que j’aurai besoin de lui le jour J. Je panique, je m’énerve… Je n’arrive pas à exécuter les exercices sous l’eau correctement… L’horreur… Ouf, nous avons trouvé ce qui ne va pas. Nous décidons donc d’arrêter cette préparation… Mais que faire…

Nous connaissions la "préparation affective à la naissance" et l'haptonomie de noms et nous avions choisis ces deux ateliers à Ottignies, lors de la journée Alter-Natives. Mais où aller ? C’est alors que je me souviens qu’une copine navetteuse m’avait parlé de sa belle-sœur, sage-femme. Nous décidons de la contacter. Nous lui racontons notre histoire, lui parlons de Cendrine, lui expliquons ce que nous cherchons, pourquoi nous arrivons « si tard » dans la grossesse… Nous sommes épatés par la qualité de l’écoute de Fanny.

L’haptonomie nous convient nettement mieux. Nous communiquons avec bébé et je visualise de mieux en mieux ce qui se passera dans mon corps le jour J.
Je rencontrerai aussi le mari de Fanny, Olivier, ostéopathe, qui par des gestes et manipulations doux m’ouvrira le bassin afin de faciliter le passage de bébé.

La grossesse se déroule bien, je m’arrondis à toute vitesse ! Trop… J’ai les chevilles gonflées, et trop de tension… Effet de stress ? Me voici à aller tous les 2 jours à la maternité pour faire des monitorings et contrôler ma tension. En fait, celle-ci est très haute lorsqu’on la prend à mon arrivée puis elle redescend après quelques minutes…

Bébé va bien. Je me sens bien aussi… Tellement bien que nous voici à la date prévue pour le jour J. Bébé se manifeste par de petits coups de pieds, mais point de contraction.

La date est dépassée… Visite à la maternité tous les jours… Monitoring… Contrôle de la tension… Analyse d’urine… Je ressens des mouvements qui ressemblent à des contractions mais il n’y a rien sur l’écran du monitoring… Quand cela arrive à la maison, je prends un bain et cela cesse. Serait-ce bien des contractions ?

28 mai, c’était pour aujourd’hui… Une sage-femme nous conseille de nous faire de gros câlins… Cela aide, parait-il…
31 mai, nous décidons d’aller nous promener… Je ressens « des choses » … Je conduis, je suis plus à l’aise au volant…
2 juin… Le terme est dépassé depuis 5 jours… Le gynéco m’informe qu’il faudra penser à provoquer l’accouchement… Je n’ai pas trop envie car cela veut dire ocytocine, contractions plus intenses, péridurale, et risque beaucoup plus grand de césarienne… Rien avoir avec un accouchement dans l’eau…
Il m’explique qu’on peut attendre encore un peu mais que ce serait bien d’aider le col à s’ouvrir. Eh oui, je me suis trop reposée, il est resté bloqué à 1 cm ! Non, il a un peu bougé… Ouf…

Rendez-vous est pris pour ce soir, 22h. Un petit médicament sera placé à l’entrée du col et on verra s’il agit… Si oui, tant mieux, si non, on recommence dans deux jours. Et s’il n’y a toujours rien lundi (nous sommes mercredi), nous ne pourrons plus attendre !
Bon… je suis déçue… Ca ne se présente pas comme je voudrais…

Nous passons dans une grande surface pour acheter des pantoufles (pour déambuler à la maternité…) avant de rentrer chez nous. Sur le chemin, ce que je ressens depuis quelques jours se reproduit… Je ne dis rien… Je regarde l’heure… Je continue à conduire… Philippe s’étonne… Je regarde l’heure… Il comprend… Je me sens bien dans la voiture. Enfin, nous rentrons et rangeons nos valises (celle de bébé et la nôtre) dans la voiture. Nous vérifions que tout est là… Je stresse… Je sens que c’est pour bientôt… Je préférerais sans le médicament… J’ai peur… Philippe aussi !
Nous savourons nos derniers moments à 2… Nous faisons le tour de la maison, vérifions si tout est prêt pour notre retour de la maternité. Je dis notre car Philippe restera avec nous. Je prends un bain… Ce que je ressens depuis notre sortie de la maternité ne s’arrête pas… C’est donc bien cela… Je me demande si inconsciemment, je ne voulais pas garder bébé en moi… Et maintenant que la menace de l’accouchement provoqué plane au-dessus de moi… Je me laisse aller… J’autorise bébé à rencontrer son papa… Je lui parle de l’intérieur…

Nous voilà en route pour la maternité. Il est 21h. Je dois recevoir un médicament demain matin, à 4h. Enfin, recevoir est un grand mot… Une sage-femme le placera au niveau du col pour que celui-ci s’ouvre.

Nous sommes bien accueillis. Nous sommes conduits à notre chambre. Nous installons nos affaires et attendons. Cela nous fait bizarre d’être là, comme ça. La sage-femme entre soudain dans la chambre avec le monitoring. Elle place les capteurs et me dit qu’elle reviendra plus tard. Trois quart d’heure plus tard. Je scrute les petits écrans. Quand je ressens quelque chose, rien ne se passe. Nous entendons le galop du cœur de bébé. Ca nous rassure mais le bruit nous stresse. Nous savons où baisser le son… Je demande de temps en temps à Philippe de vérifier le tracé… Rien, toujours rien… Je décide de me fier à mes sensations et regarde notre réveil, cadeau de mes parents… Un énorme réveil avec une phrase qui nous ressemble écrite en grand sur le cadran… « Toujours en retard, sauf pour l’amour »… Et il est là, l’amour, présent dans cette pièce impersonnelle… Philippe parle à bébé, sa bouche est une caresse tout contre mon ventre. Ils discutent leur deux… Bébé répond à sa manière.

La sage-femme arrive, regarde le tracé et nous donne rendez-vous à 4h. J’ai beau lui dire que je ressens quelque chose qui ressemble bien à des contractions (j’en ai tout de même eu pour Cendrine), et que c’est très régulier, elle ne veut pas m’examiner. Elle me donne un lavement et m’explique que j’ai le choix de le faire ou non, que c’est une question de confort pour moi. Moi, je me dis que c’est plutôt pour elle… Je n’ai pas envie de l’utiliser…
J’ai de nouveau trop de tension… Ben oui, pour moi, c’est normal… Je m’énerve !

Comme mes « contractions » sont tout à fait supportables, je m’installe sur « mon » lit. Philippe, qui a lu un super bouquin, me dit que, d’après le temps qui s’écoule entre deux « contractions », pour lui, c’est bien le travail qui a commencé.

A minuit, mes « sensations » se répètent toutes les 10 minutes. Je dois aller à la toilette… Est-ce le stress ? Je n’aurai pas besoin du lavement…
Je commence à déambuler dans la chambre. Je demande à Philippe de compter le nombre de mes allées et venues entre la porte de la chambre et le lit, entre deux contractions, histoire de visualiser le temps dont je dispose pour récupérer. J’estime pouvoir tenir une heure à ce rythme-là et cette intensité-là. Je suis fière de moi.

A minuit et demi, mes « sensations » se présentent toutes les 5 minutes... Et cela devient de plus en plus intense. Tout d’un coup, je sens que j’ai besoin d’aide, la douleur est trop forte… Je veux aller dans le bain !

J’appelle la sage-femme et … file aux toilettes... Encore ! Elle demande ce qui se passe… Pour elle, je dois recevoir le médicament à 4h… Elle ne s’inquiète pas. Philippe lui explique que j’ai des contractions… Elle dit qu’elle va chercher le monitoring, qu’elle va le mettre pendant trois quart d’heure et puis qu’elle m’examinera après… Je suis toujours dans la salle de bain et ce qu’elle dit ne me va pas du tout… Je sors de là et lui dit que je veux bien le monitoring mais que je veux qu’elle m’examine d’abord.

Je dois insister… A l'examen, il y a une dilatation à 4,5cm!
Je lui explique que je souhaite accoucher dans l’eau. Elle m’informe alors que, vu ma tension élevée, ce ne sera peut-être pas possible… Elle doit demander l’autorisation au gynéco de garde. Ah oui, je n’ai pas souhaité que mon gynéco soit là, ayant déjà rencontré plus de la moitié des gynécologues du service… Moment de panique ! Le gynéco de garde donnera heureusement son accord ! Ouf !
La sage-femme nous conduit alors dans une chambre de travail. Je m’attendais à entrer dans la salle où se trouve la baignoire… Je stresse… Y a-t-il une autre maman dans la baignoire ? Non ! Ouf ! Mais il faut la remplir, cette baignoire… Il faut plus ou moins une heure… Tout ça ! Heureusement, Philippe est là ! Pas trop à son affaire de me voir ainsi mais il est là !

J'ai des contractions de plus en plus rapprochées. Nous nous souvenons des prolongements faits avec Fanny. Philippe me pince la main. Ca marche !
Pendant une bonne heure, j’ai perdu la notion du temps, je broierai la main de Philippe dans cette salle de travail.

Quand le bain fut prêt, la sage-femme nous y conduit. J'y ai plongé avec délice! L'eau chaude atténue la douleur ! Je sais qu’elle accélère la dilatation du col (2cm par heure au lieu d'1!). Je me sens bien. Un peu trop bien d’ailleurs… Rien ne bouge… Je suis calme… Trop ? La sage-femme me demande si je ressens l’envie de pousser… Non… J’ai même l’impression que plus rien ne se passe… Les mains de Philippe se reposent… La sage-femme effectue un touché. La membrane est trop épaisse pour se rompre sous la poussée de la tête de bébé. Elle bombe très fort mais ne se rompt pas. Je suis à 7cm de dilatation, la sage-femme perce la poche des eaux. Ensuite, tout se passe très vite, je recommence à broyer les mains de Philippe. Il me dit qu’il a mal, que je lui casse la main, qu’il ne saurait plus me pincer,… J’insiste, il faut qu’il tienne le coup, qu’il me pince encore et encore…

La sage-femme a appelé sa collègue. Je me dis que c’est bon signe… Elle ne saurait en effet s’occuper seule de bébé et moi en même temps… Je ne me trompe pas… Elle me demande de pousser… Je pousse… Aïe… Ca fait mal… Je veux reprendre mon souffle… Une contraction se passe, je promets de pousser sur la suivante… Ce n’est pas suffisant… La sage-femme me menace gentiment… Si je ne pousse pas cette fois, elle me sort de l’eau… Je vais alors aller chercher toute l’énergie qui me reste, et je pousse, pousse, pousse, … en criant… tellement je pousse… et… Lucile est née à 4h01.

Le cordon est court, la sage-femme le coupe rapidement. Lucile n’a pas crié. Elle a les yeux grands ouverts et nous regarde. La sage-femme la pose sur mon ventre et je la garde contre moi pendant un long moment, en attendant l’expulsion du placenta.

Lucile est toute belle et nous observe, très paisible, blottie au creux de mon bras, sous le regard attendri de Philippe. Les sages-femmes nous laissent un long moment nous trois… La seconde sage-femme prend alors Lucile pour la peser, mesurer, etc. pendant que l’autre et Philippe m’aident à sortir de l’eau. L’expulsion du placenta se fera de manière « traditionnelle ».

Lucile recevra des gouttes dans les yeux mais ne sera pas aspirée. Elle sera mesurée et pesée pendant que je reçois quelques points de suture pour des éraillures. Ces points sont d’ailleurs, pour moi, le plus mauvais souvenir de l'accouchement. Pourtant, il n’y en a pas eu beaucoup (un au dire du gynéco de garde), mais mon côté « je n’aime pas avoir mal » est revenu au galop… Philippe a pu prendre Lucile dans ses bras et ils sont alors à côté de moi.

Comme nous avions limité les visites à la maternité à... nos parents à tous deux, nous sommes restés à 3 pour faire connaissance à notre aise. Philippe a donné le bain, changé, habillé Lucile. Comme le pédiatre passait souvent lorsque j’étais aux soins, c’est lui qui l’accueillait.

Pour nous, cette naissance est superbe. Elle est tellement « idéale » pour moi que … j’ai peur que ce ne soit aussi « bien » la prochaine fois… si prochaine fois il y a… Je sais pourtant bien qu’une naissance n’est pas l’autre…

Si nous sommes conscients que l’hôpital n’est pas parfait, nous ne sommes pas prêts à faire le pas pour un accouchement à domicile ou en maison de naissance. Nous tenons cependant à être à l’écoute de nos sensations, de notre ressenti. Nous recherchons un côté plus humain… Nous nous faisons confiance… Et nous avons eu la chance de rencontrer, à l’hôpital et en dehors, des hommes et des femmes extraordinaires et compétents !

Ce récit est notre histoire. Qu’il soit un merci à tous ceux et toutes celles qui y ont participés, de près ou de loin.