La naissance de Félix en maison de naissance

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Témoignage de Laurence et Christophe

J’avais de mon premier accouchement un souvenir tout à fait heureux. Celui-ci s’était déroulé à l’hôpital de Braine-l’Alleud, accompagnée par une sage-femme indépendante, Madeleine. Ce fut un accouchement sans problème et tout à fait naturel. La phase d’expulsion m’avait semblé particulièrement rapide et facile.

Nous avions le souhait d’accoucher à la maison de naissance de Namur, encore au stade de projet pendant la grossesse. Le terme de 40 semaines était prévu le 24 décembre, et bien que l’installation de cette toute nouvelle maison de naissance fut bien avancée, elle n’allait être prête que quelques jours avant cette date. Si la naissance intervenait plus tôt, « la Maisonnée », la maison de naissance de Liège, était d’accord de nous accueillir avec Evelyne, notre sage-femme pour cette seconde grossesse.

Lundi 13 décembre, j’en suis à 38 semaines aménorrhée et 2 jours, la naissance approche mais il me semble qu’elle ne devrait intervenir que la semaine suivante: et pourtant !

18h15: je mange en vitesse mon souper comme tous les lundis depuis quelques mois car je m’apprête, dès le retour de Christophe mon mari, à rejoindre l’atelier de poterie. J’ai croisé une des participante dans l’après-midi au supermarché à qui j’ai évidemment dis « à ce soir».

18h30 : je m’allonge un petit peu dans le canapé car j’ai des contractions mais je sent très rapidement que ces contractions sont différentes de ce que je connais depuis quelques semaines et qu’elles sont quelque peu douloureuses. Lucie, ma fille aînée joue autour de moi. Christophe rentre et suggère de rester à la maison ce soir. Je sens clairement, avec une certaine exaltation, que je suis en train de « changer d’état », que ces contractions me font « rentrer » dans mon travail. Ce bébé naîtra donc à Liège !

Rapidement, les contractions se précisent, elles sont régulières et peu espacées (3 à 5 minutes). Il est temps de joindre mes beaux-parents, dont il est prévu qu’ils s’occupent de Lucie durant l’accouchement, ainsi qu’Evelyne notre sage-femme.

Avant l’arrivée de mes beaux-parents et d’Evelyne, le travail continue à se mettre en place, je suis impatiente de partir pour la maison de naissance pour m’y consacrer entièrement.

Nous partons enfin en début de soirée à la maison de naissance, nous prenons le siège de bébé avec nous et je dis à Lucie, « quand nous reviendrons ce sera avec le petit bébé dedans ». Lucie semble contente d’être avec son Papy et sa Mamy et c’est l’esprit complètement serein que je m’en vais accoucher.

La nuit sera froide, le ciel est étoilé et nous trouvons à Liège, à la Maisonnée, la salle de naissance accueillante et bien chaude. Il ne reste qu’à installer nos bougies et mettre la musique que j’ai sélectionnée pour l’occasion pour m’y sentir comme dans un cocon, parfaitement à l’aise. Je me glisse dans le bain, Evelyne me propose une tisane, ….mmm que c’est agréable d’accoucher !

On papote, on mange du massepain (de Saint-Nicolas) et la soirée avance, De temps en temps, Evelyne écoute le cœur du bébé.

Je n’ai plus de notion du temps autre que le rythme des contractions dont l’intensité augmente progressivement. Je me rappelle de ce qui m’a aidée, déjà, lors de la première naissance : vivre les contractions une à une, dans l’instant présent, sans penser à toutes celles qui ont précédé, ni à toutes celles qui suivront. Evelyne me suggère aussi de visualiser le bébé qui ouvre le col. Je commence, aidée par Christophe à faire le fameux son « yooooooo » grave que nous avait proposé Huguette lors des séances de chant prénatal (je me rappelle avec ironie lui avoir dit que je ne me voyais pas tellement les utiliser et que je n’en avais pas ressenti le besoin lors de mon premier accouchement). Tous cela me permet de faire « corps » avec le bébé lors des contractions, de ne pas le quitter, …

Evelyne, après m’avoir examinée, me suggère une position qui devrait aider le bébé à tourner la tête pour trouver son chemin dans mon bassin. Allongée dans cette position sur le lit, les contractions sont maintenant très intenses mais miracle de l’accouchement, je parviens à m’endormir entre les contractions…. Christophe aussi, à qui je doit secouer la main pour me suivre dans les sons graves… qui me sont décidément très utiles. J’ai maintenant complètement retrouvé cette sensation, que l’on appelle « douleur de l’accouchement» qui me semble tellement différente d’une autre douleur. Cette sensation qui me fait comprendre dans mon corps que d’autres femmes choisissent la péridurale ! Dans cette chambre chaude et intime, ce cocon au creux d’une vieille maison froide d’un vieux quartier de cette grande ville, je me sens cependant parfaitement en sécurité, dans un autre état de conscience.

Je souhaite maintenant prendre d’autres positions, je me lève, marche un peu, reprends du massepain. Les sons que j’émets se font de plus en plus vibrants, profonds, forts, à la mesure de l’intensité des contractions (ah Huguette, tu vas bien rigoler !). Cependant le bébé n’a pas encore tourné et Evelyne me propose de vraiment visualiser ce bébé tourner et descendre dans mon bassin. Je sens que c’est efficace mais je sens aussi que cela fait mal, qu’il faut que je l’accepte. Cela me parait tellement plus compliqué que lors du premier accouchement… Je crois aussi que c’est cela qui « bloque », il faut accepter justement que cet accouchement soit différent de mon premier accouchement, que ce bébé à peut-être besoin d’avantage de moi pour être « guidé », pour descendre.

Après avoir pris conscience de cela, voilà qu’un réflexe de poussée s’amorce, installée sur le tabouret d’accouchement, nous pensons tous que la naissance approche vraiment, Evelyne à d’ailleurs appelé Bénédicte, notre « seconde » sage-femme. Mais décidément un accouchement n’est pas l’autre, car après un certain temps sur le tabouret (une heure parait-il), le réflexe de poussée semble plutôt s’étioler et Evelyne m’examine. La poche se rompt à ce moment et il semble que c’était la poche, bombante devant la tête qui provoquait le réflexe de poussée.

La dilation n’est en fait pas complètement terminée, les contractions, suite à la rupture de la poche se font encore plus intenses, ne me laissant parfois pas de répit. Le découragement me gagne quelque peu : j’ai l’impression d’être revenue en arrière dans cet accouchement… Encore quelque chose qu’il faut accepter…

Bénédicte est arrivée entre-temps, elle me masse le dos, je suis à quatre pattes sur le lit, appuyée sur un ballon. Christophe me tient les mains devant moi et les sons que j’émets sont maintenant très très forts, ils me portent dans les contractions, me ramènent à mon bébé malgré l’intensité des efforts que je déploie. Complètement engluée dans ce travail qui me semble ne pas en finir, le découragement me gagne à nouveau et je me mets ouvertement à « râler », se faisant je me rappelle aussi que cela est très courant quant on est presque au bout mais ça fait du bien ! Christophe m’a avoué par après qu’il s’est dit à ce moment « ouf, on y est ! ».

Et voilà le réflexe de poussée qui réapparaît. De nouveau, il me faut inviter le bébé à descendre pour que cela se produise. Et me voilà à pousser avec une intensité que je n’aurais jamais soupçonnée, je crie maintenant spontanément (dans les oreilles de Christophe) très fort car cela m’aide beaucoup. Je sent le bébé descendre et les sensations changer mais je n’y prête guerre d’attention car je veux maintenant aider mon bébé à sortir de toutes mes forces… et soudain ses premiers pleurs me renseignent tout de suite que sa tête vient de sortir. Tout va alors très vite, je me souviens vaguement qu’Evelyne m’a passé mon bébé entre les jambes et je me suis allongée avec lui dans le lit. Avec Christophe à côté de moi, nous avons vécu ce moment unique de la découverte de ce bébé, que nous avons appelé par son prénom pour la première fois. Je me rappelle surtout de toutes les sensations : cette odeur si enivrante du bébé qui vient de naître, son corps et son cordon chaud contre moi, ses pleurs qui m’ont semblés expliquer sa propre difficulté lors de l’accouchement puis son regard curieux de nous découvrir, et cet immense bien-être que tout cela engendrait dans mon corps à moi. Il était 6h30 du matin.

Je ne me souviens plus du tout de l’ordre des choses par la suite : je sais que j’ai toujours garder mon bébé dans les bras, je sais qu’Evelyne et Bénédicte nous ont laissé seuls un moment, qu’Evelyne a coupé le cordon quand il ne battait plus (et il me semble qu’il a battu longtemps), que le placenta est sorti à un autre moment et que plus tard, bien plus tard, Christophe a habillé Félix et qu’ensuite Evelyne l’a pesé (elle avait pesé les vêtements pendant le travail).

Quand le soleil est apparu, nous avons téléphoné à notre maison pour prévenir notre petite Lucie qui nous a rejoint dans la matinée autour d’un petit déjeuner aux croissants.

Enfin, j’ai compris pourquoi cet accouchement avait été plus difficile : Félix n’a finalement jamais tourné dans le bassin (on parle de naissance « en postérieur ») et a donc emprunté un chemin plus étroit. Je suis heureuse de et fière d’avoir pu le guider tout le long de ce périple. L’ambiance chaleureuse de la maison de naissance et le support attentionné que j’y ai reçu m’y ont beaucoup aidée.

Voici aussi l'article que le journal Le Soir a consacré à la naissance de Félix