Le projet de naissance face aux protocoles hospitaliers

Table-ronde animée par Marc D’Hondt dans le cadre de la journée “Dessine-moi une naissance”, anniversaire des 10 ans de Alter-NativeS asbl. Scribe : Marie-Agnès Garbez.

Le compte-rendu original a été remis en forme en vue de sa diffusion.

Autour de la table : 25 personnes dont de nombreuses mamans, un papa, des femmes enceintes, doulas, sages-femmes (hospitalières et libérales) et étudiantes sages-femmes, conseillère en lactation, psychologue.

DES QUESTIONS EMANANT DE L’EXPERIENCE DES PARTICIPANTS

Qu’est-ce qu’un projet de naissance? Qu’y trouve-t-on?

Comment construire un projet de naissance? Comment collaborer dans la construction de ce projet? Comment mettre à disposition des parents l’information qui permet sa réalisation?

Quelle est la relation des professionnels au principe du projet de naissance? Comment les projets de naissance sont-ils lus, respectés? Comment sont accueillis les parents qui viennent avec un projet de naissance?

Certains professionnels sont-ils davantage réceptifs à l’idée du projet de naissance? Comment s’en assurer?

Pourquoi le besoin d’un projet de naissance se fait-il ainsi sentir aujourd’hui? Est-il généré par une méfiance “a priori” vis-à-vis des différents intervenants dans le champ de la naissance? Est-il au contraire un outil de dialogue?

Comment gérer un projet de naissance qui n’a pas abouti ou qui n’a pas été respecté? Comment gérer cette frustration? Quel est l’impact éventuel sur le lien parents-enfants, la capacité d’attachement, d’éventuels dommages psychologiques (dépression post-partum,...) ?

En tant qu’accompagnant à la naissance, comment entendre, partager, étayer un projet de naissance?

Qui conçoit les protocoles hospitaliers? A quoi servent-ils? Comment s’articulent-ils?

LE SENS DU PROJET DE NAISSANCE

Ce que vise fondamentalement l’usage du projet de naissance, c’est le respect des personnes, de leurs préférences, de leurs choix. Il peut être un outil pour mobiliser les compétences des personnes, autant celles des parents dans la rédaction que celle des professionnels dans la collaboration autour de cette réflexion et lors de l’accouchement.

Il est important de noter qu’un projet de naissance peut préparer tout type de naissance (attention aux stéréotypes sur cet outil!), introduire les éléments de médicalisation qui renforceront le sentiment de sécurité des parents ou les exigences d’un professionnel en qui on a confiance, des souhaits aménagés en fonction de pathologies existantes,...

Réaliser un projet de naissance favorise la recherche d’information, le questionnement notamment sur les protocoles en vigueur, la réflexion sur la place et le rôle de chacun, notamment du papa.

LES RISQUES DE L’IDEALISATION A TRAVERS LE PROJET DE NAISSANCE

Dans le même temps, élaborer un projet de naissance fait courir le risque de développer des attentes qui pourront être frustrées, avec plus ou moins de violence, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

La naissance est souvent l’histoire d’une rencontre entre l’institution familiale et l’institution hospitalière, que le projet de naissance peut favoriser. Mais il est aussi vrai que certains sont malheureusement confrontés à sortir du projet de naissance pour être face à une violence hospitalière.

Nécessairement, les (futurs) parents doivent accepter la possibilité que le projet de naissance puisse être adaptatif : une naissance correspond rarement à l’image idéalisée que nous en avons – « l’accouchement est une île que le père et la mère n’ont jamais visitée ».

UNE COOPERATION PARENTS / PROFESSIONNELS AUTOUR DE LA NAISSANCE, AVEC OU SANS PROJET

Dès lors, il est essentiel de privilégier le respect, l’écoute, la communication entre les parents et les professionnels, l’équipe qui informera et cherchera l’accord de la patiente dans toutes les circonstances. Les parents doivent considérer l’équipe soignante comme des alliés, veiller à garder les questions ouvertes pour permettre la discussion, à ne pas « rajouter des protocoles aux protocoles ». Le projet de naissance peut alors évoluer, ne pas rester figé.

Cette écoute mutuelle permettra également d’apaiser les craintes qui peuvent être liées au fait de présenter un projet de naissance, la peur de paraitre gênant, de ne pas être entendu. Dans ce cadre, l’histoire de chacun doit pouvoir être entendue, dans le respect de son contexte socioculturel.

INFORMATION, PROTOCOLES ET ENGAGEMENT COLLECTIF

Dans tous les cas, une information complète des parents (y compris sur les difficultés qui peuvent se présenter en cours d’accouchement), une bonne communication avec l’équipe, une recherche du consentement des mères pour les différents gestes qui devraient être pratiqués, doivent permettre aux parents d’accepter les situations vécues sans avoir le sentiment de les subir.

Il semble cependant qu’une information complète sur les protocoles en usage n’est pas toujours facilement accessible, pas plus que certains statistiques (pratique de certains actes comme la césarienne, l’épisiotomie,...).

Lorsque les protocoles sont institutionnalisés, comment peut-on faire respecter notre projet futur parental ?

Une piste peut être travaillée : une réflexion en temps qu’usager vis-à-vis de la loi, un dialogue où nous prenons une place d’acteurs et de « consommateurs ».

En effet, la dimension collective paraît indispensable pour intervenir au niveau politique sur les questions liées aux protocoles et à l’élaboration du projet de naissance.

Les associations d’usagers et de professionnels sont très pertinentes pour mener un travail d’information et de prévention.

Néanmoins, c’est aussi au niveau individuel qu’il est intéressant de conserver une relation positive avec l’équipe et d’exprimer à posteriori nos suggestions pour faire évoluer les pratiques médicales.

CONCLUSION

Au niveau de l’expérience individuelle, une belle articulation serait

  • l’avant : élaboration personnelle du projet de naissance et recherche d’informations sur les protocoles en vigueur dans la structure dans laquelle on a choisi d’accoucher;
  • pendant : capacité à “lâcher-prise” par rapport à une projet de naissance qui est toujours relatif à une naissance “idéale”, accepter qu’il soit adaptatif en fonction des circonstances réelles de la naissance;
  • après : ne pas hésiter à émettre des suggestions vis-à-vis de la structure d’accouchement relativement au respect de l’esprit du projet de naissance et à la rigueur des protocoles appliqués.

Cela pourrait nous mener, à un niveau collectif, à

  • revendiquer l’évolution des protocoles en fonction des réalités vécues;
  • l’utilisation du projet de naissance comme outil de dialogue;
  • réfléchir le lien hôpital / famille, pour ces personnes très particulières qui ne sont pas des patientes?
  • réfléchir l’application du projet de naissance aux naissances pathologiques : le fait de vivre une naissance nécessairement médicalisée doit-elle restreindre les possibilités des parents de faire connaître leurs préférences?

LES QUESTIONS QU’ALTER-NATIVES SE POSAIT LORS DE LA PREPARATION...

De nos jours, les notions de droits, de sécurité, de risques médico-légaux font partie intégrante de la naissance, sans pour autant être présentés comme tels aux futurs parents. Le projet de naissance pourrait-il permettre de réconcilier les souhaits des patientes et les obligations des praticiens?

En effet, bien trop souvent, nous avons d’un côté des futurs parents soucieux du bien-être de leur futur enfant et souvent peu informés des choix dont ils disposent ; et de l’autre côté, des professionnels pressés par les charges médico-légales mais aussi par le manque de moyens humains et financiers, cherchant à limiter les risques en gardant le contrôle des actes posés pendant l’accouchement et en appliquant les protocoles imposés par le milieu hospitalier dont ils font partie. Et pour chacun, un manque de respect pour ce qu’ils sont: pour la mère, incapable de mettre au monde son enfant, pour le professionnel, empêché de permettre à cette femme de mettre au monde cet enfant. S’il est entendu que chaque naissance est unique, pourquoi y répondre par une série de protocoles routiniers?

Le projet de naissance pourrait-il changer la donne et rétablir la communication entre les différents acteurs de la naissance ? Les premiers retrouvant le premier rôle, les seconds comme piliers porteurs des naissances respectées. Entendre les souhaits des uns et comprendre les décisions des autres pour rétablir l’équilibre et briser la routine trop souvent imposée pour des raisons discutables.

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