Discours 10 ans / 100 ans

Intervention de Caroline Lévesque, présidente d’Alter-NativeS, lors du colloque annuel de l’Union professionnelle des sages-femmes de Belgique septembre 2012)




L’asbl Alter-NativeS intervient en tant que groupe de parents, en relation aves les sages-femmes. La création de notre association est attribuable à des sages-femmes et notre existence même n’a de sens que grâce à elles ou presque, mais nous y reviendrons.

Pour ceux qui ne nous connaissent pas bien, commençons par une présentation.

Nous sommes des parents et des sympathisants non professionnels et bénévoles.

Nous cherchons à promouvoir l’écoute et le respect des femmes, de leurs conjoints et de leur bébé dans l’aventure qu’est la naissance ainsi que dans l’accompagnement médical qui en est fait. Et cela sans jamais chercher à définir ce qui est juste ou non de faire… ou de ne pas faire.

Nous estimons que tous les parents qui ont la possibilité de faire des choix éclairés et personnels autour de la naissance de leur enfant sortent grandis par l’expérience et développent des aptitudes propres à entamer leur parentalité du bon pied. Au moment du bilan, ils peuvent accepter avec philosophie les côtés heureux ou plus douloureux liés à l’accouchement puisqu’ils en ont été les acteurs. Et pas de simples figurants.

Mais, pour avancer les yeux ouverts et faire entendre sa voix, une femme enceinte, un couple, a avant tout besoin d’information. D’une information variée et la plus objective possible.

Notre philosophie est de mettre le côté humain au cœur des préoccupations pendant la grossesse, l’accouchement et le post-partum. Nous nous adressons en priorité aux parents à qui nous offrons des outils d’information. Sur notre site internet, ils peuvent trouver des fiches par sujets, des suggestions de lectures, des liens vers d’autres sites, des témoignages.

Nous organisons des conférences et des événements spéciaux, comme des journées de découvertes des préparations prénatales et bientôt un colloque. Nous avons mis en place aussi, tout au début, des soirées de rencontre et d’échange entre parents et futurs parents un peu partout en Belgique francophone. Les expériences des uns éclairent les parcours des autres. Cela donne des idées et ouvre parfois à des possibilités insoupçonnées. Imaginez les commentaires : « ah, on peut accoucher sans péri ? On peut boire et manger pendant le travail ? On peut choisir une autre position que sur le dos, les pieds aux étriers ? ».

Chaque soirée est particulière, jamais pareille à une autre. Cela dépend des gens, de leur histoire, que l’on soit nombreux ou que ce soit plus intime. Le besoin de raconter la naissance et de le faire devant des personnes à l’écoute est apparu dès la toute première rencontre entre ceux qui allaient fonder l’association.

Revenons-en donc à la genèse. Il était une fois trois sages-femmes libérales qui avaient choisi de s’unir pour travailler dans la sécurité, dans le partage et avec une plus grande facilité.

Au bout de leur première année de collaboration, l’expérience était si concluante qu’elles ont eu envie de réunir les femmes qu’elles avaient suivies et leur famille. Ça a été une très belle fête qui a fait écho aux moments magiques de l’année écoulée. Tous ces parents sentaient qu’ils avaient eu la chance d’être soutenus avec humanité. Ils avaient vécu quelque chose de très précieux.

Ces naissances sous le signe de l’ouverture et du partage ont fait naître le désir de faire savoir au plus grand nombre la richesse de cet accompagnement. Alors, comment faire ?

Les trois bonnes fées, Evelyne Matthieu, Michèle Roels et Madeleine Timmermans nous ont proposé de laisser nos coordonnées. Elles les ont réunies, photocopiées et envoyées à chaque famille. Maintenant, la balle était dans notre camp.

J’avais eu l’audace de proposer mon aide ce jour-là et Evelyne m’avait dit que les sages-femmes ne faisaient que passer le relais. Il était clair pour elles trois que, s’il devait y avoir des changements ou une ouverture vers plus d’humanisation, cela devait aussi passer par les parents, les utilisateurs des services.

C’est ainsi qu’un peu après, nous avons reçu un courrier expliquant que chacun recevait toutes les adresses, et que Caroline Lévesque voulait bien coordonner. Vous imaginez ma surprise !!! Les sages-femmes ont eu la bonne idée de me mettre en contact vers Sylvie Francotte, quelqu’un qui avait déjà entrepris de parler de la naissance de ses enfants sur Internet et qui était prête à faire quelque chose. C’était le bon ange qu’il fallait.

Toutes deux, nous avons choisi une date, un lieu et nous avons lancé une invitation à tous pour commencer à mettre sur pied un regroupement de parents. C’était en novembre 2001.

Le soir de cette fameuse première réunion, nous étions plus de 40 personnes. Après un mot d’accueil, nous avons lancé un tour de table sur la question : « Comment imaginez-vous une association de parents, ses projets, ses objectifs ? ».

Et là, tout le monde, vraiment tous les parents, ont commencé par raconter la naissance de leurs propres enfants et ce qui les avait amenés là.

Nous avons senti le besoin qu’avaient les gens de raconter les joies et les peines de la naissance devant une assemblée bienveillante. Ce moment de la naissance, si fort, si intense, si transformateur ! Qui se trouve résumé si souvent par : « le bébé et la mère se portent bien » ou encore « ça c’est bien passé » !   OUF !!! C’était beaucoup plus fort que ça. Mettre au monde, ce n’est jamais vécu deux fois de la même façon. Et tous les témoignages étaient là pour montrer combien le facteur humain était important.

Suite à cette première soirée, il y a eu plusieurs réunions, à un rythme très soutenu. Et tranquillement, Alter-NativeS a émergée. Avec un nom, un logo, une philosophie, une identité graphique, des outils, des objectifs, des projets. Derrière chacun de ces éléments, il y a quelqu’un qui pourra se reconnaître.

Les pionniers du début ont tous beaucoup donné et investi pour créer l’asbl. Et je dois dire que nous avons été particulièrement chanceux. Les capacités de chacun étaient très variées et nous ont donné des bases solides sur lesquelles avancer.

Ces dernières années, Alter-NativeS a réussi le défi de poursuivre sa route avec de nouvelles énergies, en restant fidèle aux aspirations et aux idéaux des fondateurs. Pour toute association, apprendre à "passer le relais" entre les fondateurs et ceux qui arrivent dans le projet des années plus tard est un cap difficile. Mais les nouvelles personnes amènent de nouvelles questions, elles poussent à se requestionner sur le sens de l'action. Pour nous, cela a été motivant. Merci pour toute l’aide reçue, pour ces dix ans de passion et de don de soi.

Mais revenons-en aux débuts et à notre structuration. Ce n’était pas si simple, il fallait faire des choix. Comme celui de ne s’occuper que de la grossesse et de l’immédiat post-partum. Et aussi le choix décisif de s’adresser qu’aux parents avant tout. Pas aux autorités médicales, ni aux politiques. Nous étions persuadés que les changements se feraient naturellement de l’intérieur, en rendant les gens mieux informés, actifs et demandeurs d’écoute et de respect. Manifestement, c’était un mouvement qui était dans l’air du temps et qui a trouvé échos.

Nous fêtons nos 10 ans cette année et cela en même temps que les 100 ans de l’Union professionnelle des Sages-femmes de Belgique. Et vous savez, ce qui marque nos vrais débuts, c’est notre première conférence en mai 2002 sur un thème fondamental : le rôle de la sage-femme. C’était naturel, un juste retour des choses. C’est Bénédicte et Evelyne qui ont fait office de conférencières pour bien expliquer le grand éventail de capacités et de responsabilités des sages-femmes.

Pour beaucoup, la sage-femme est celle qui vous accueille à la maternité, celle qui soigne et fait le relais avec le gynéco, le seul vrai spécialiste de la mise au monde ! Bon sang, que c’est réducteur.

Dans chaque région où nous avons pu organiser des activités et des conférences, puisque nous y avions des membres actifs, nous avons chaque fois commencé par présenter ce thème fondamental des ressources offertes par les sages-femmes.

Dans un souci d’informer sur ce qui est moins connu, nous avons présenté aussi, entre autres, les maisons de naissances, les accouchements à domicile, dans l’eau … Ce n’était pas de la propagande, juste une manière d’ouvrir aux parents un éventail de possibilités plus large. On trouvait que l’hôpital, avec ses ressources techniques, n’avait pas besoin de nous pour se faire connaître ! Par contre, nous avons toujours affirmé qu’il y a de belles naissances en maternité et qu’un espace de liberté et de respect est toujours possible, quel que soit le lieu. D’ailleurs, nous collaborons de plus en plus pour nos soirées avec les maternités, comme à Ath, et où nous voyons que les choses peuvent être vécues différemment, et de différentes façons d’une maternité à l’autre.

En plus des conférences, pour s’adresser au plus grand nombre, nous participons à des salons tels BabyBoom et BabyDays. Dans les salons commerciaux, c’est un autre public ! Un public qui a soif d'infos (puisqu'il est là) mais qui ne cherche pas forcément, loin de là, l'info que nous lui amenons - d'où des grands moments sur le stand, que ce soit de solitude avec ceux qui nous regardent comme des extraterrestres, ou de bonheur quand une future maman dit « alors j'avais raison de penser que c'était possible? ». J'aimerais dire aussi que sur ces stands, nous offrons une parenthèse d'humanité entre 2 sollicitations commerciales, au nom d'une naissance qui n'est pas qu'à consommer !

Mais les parents qui prennent le temps de s’arrêter ou ceux qui nous reconnaissent sont contents de trouver des réponses à des questions précises :

« je cherche une sage-femme dans la région »,

« où peut-on accoucher dans l’eau ? »

« C’est quoi l’haptonomie ? »

Dans ces rencontres, nous pouvons mettre en avant le fait que la Belgique offre aux parents une vraie possibilité de choix et que cela est particulier et précieux. Les parents belges ont une chance qu’ils ne mesurent pas.

Grâce au cadre qui définit le travail des sages-femmes belges, on peut poser un choix personnel sur le contexte de la naissance d’un enfant (entre la maternité, la maison de naissance ou le domicile) et aussi sur le suivi médical de la grossesse.

Pour les personnes qui le souhaitent au fond de leur cœur, viscéralement, un accouchement extra-hospitalier, c’est possible, en toute sécurité, avec un accompagnement de qualité. Il faut bien imaginer que ce qui nous semble ici tout naturel n’est pas réalisable partout. Le choix est réel dans ses aspects légaux autant que financiers. Ne serait-ce que dans nos deux grands pays voisins, l’Allemagne et la France, la charge financières des assurances sur les sages-femmes est telle que la possibilité d’y accoucher hors de l’hôpital se raréfie fortement, où alors avec des risques sérieux ou des répercussions à long terme pour les sages-femmes.

Grâce à la sage-femme, il y a de la liberté. Aucun autre professionnel de la naissance n’est aussi tout-terrain et sa présence assure un contact humain et une écoute respectueuse et professionnelle.

Pour l’asbl, il est important de sensibiliser les parents sur ce fait, qu’ils soient conscients de leurs opportunités et de les encourager, en connaissance de cause, à s’interroger sur leurs désirs quant aux circonstances d’accueil de leur enfant.

Une fois le champ des possibles ouvert, avec une information de qualité et objective, les parents sont en mesure d’élaborer un projet de naissance qui leur est propre.

Notre rôle, en tant qu’association, est alors purement informatif. Les seuls messages que nous portons ne sont répercutés en bout de ligne, que par les individus qui s’approprient la naissance de leur enfant.

Dès lors, y a-t-il une vraie interaction entre notre association de parents et vos unions professionnelles ?

Notre travail d’information a peut-être pu transformer les attentes des parents par rapport aux sages-femmes. 

Il nous est apparu par contre que, quel que soit notre plaisir à se faire vos émissaires, il vous appartient, à vous sages-femmes, surtout à vos organismes représentatifs, d’utiliser la force des unions professionnelles pour aller au-devant du public, pour vous faire connaître comme professionnelles de premier plan.

D’ailleurs le retentissement autour de ce congrès du 100e anniversaire est un bon moment et une occasion que vous avez su saisir.

À notre connaissance, peu d’autres associations regroupent des parents qui œuvrent autour de la naissance en Belgique.

Tout bientôt, une association sœur, Victo, verra le jour en Belgique néerlandophone, avec une philosophie très proche d’Alter-NativeS. Cette association est née sous l’impulsion de la sage-femme Krista Dekens. L’histoire se répète !

Et soulignons le travail de « Césarine » qui est présente dans le nord de la France, à Lille, et qui a des ramifications en Belgique. Cette association créée en mai 2005 par un groupe de mères ne trouvant pas autour d’elles le soutien et l’information dont elles avaient besoin , a pour objectif de proposer information, soutien, échange et témoignages autour de la naissance par césarienne aux parents qui y sont confrontés.

Et n’oublions pas les associations qui s’occupent d’allaitement : La Leche League, Infor-Allaitement, …

Pour en revenir à l’idée d’une influence réciproque entre associations de parents et associations professionnelles de sages-femmes, il pourra y avoir collaboration dans la mesure de la connaissance des besoins de l’autre partie.

En ce moment de nos 10 ans, nous cherchons moins à revenir sur les aventures passées que de se redéfinir. Honnêtement, depuis 2002, il y a eu l’essor d’Internet et la facilité de trouver des infos par soi-même.

Il y a eu de réelles transformations dans les maternités à la place faite à l’écoute des projets de naissance et au respect de la physiologie. Les soirées d’informations s’y sont étoffées et nous nous demandons d’ailleurs si nos propres soirées répondent toujours aux besoins. Et l’arrivée des « Hôpitaux amis des bébés » a amené aussi beaucoup de changements.

Maintenant, nous cherchons à cerner quels sont les besoins actuels des parents et quels sont les défis à relever dans l’avenir. Pour ce faire, nous organisons un grand colloque festif entre parents et professionnels de la naissance le dimanche 18 novembre.

(…)

Vous le voyez, le maître mot, c’est « naissance respectée ». Après avoir vécu 10 ans avec la formule « humanisation de la naissance », nous abordons un virage citoyen qui veut impliquer tous les acteurs. Et la naissance respectée, cela doit être pour tout le monde : les mères, les pères, les bébés et ceux qui travaillent autour et qui sont soumis à des impératifs qui ne sont pas nécessairement évidents pour les familles.

Rêvons un peu. Pourquoi pas à l’élaboration d’une charte « Naissance respectée » ? Pourquoi ne pas rêver, élaborer et mettre en place un cadre respectueux de tous les acteurs impliqués autour de la naissance ? Et que cela ne soit pas que le fait d’association de parents ?

La main est tendue.

Si l’un des thèmes que nous cherchions à développer aujourd’hui était « quels sont les rapports entre parents et sages-femmes », un projet tel que celui-ci, fait en collaboration, en serait un parfait exemple. Ce genre de projet dépasse largement le cadre actuel de notre association. Nous en sommes conscients. Mais si cela venait à se réaliser, nous osons penser que nos objectifs d’humanisation seraient pleinement remplis.

Intervention de Caroline Lévesque, présidente d’Alter-NativeS, lors du colloque annuel de l’Union professionnelle des sages-femmes de Belgique septembre 2012)

 

L’asbl Alter-NativeS intervient en tant que groupe de parents, en relation aves les sages-femmes. La création de notre association est attribuable à des sages-femmes et notre existence même n’a de sens que grâce à elles ou presque, mais nous y reviendrons.

Pour ceux qui ne nous connaissent pas bien, commençons par une présentation.

Nous sommes des parents et des sympathisants non professionnels et bénévoles.

Nous cherchons à promouvoir l’écoute et le respect des femmes, de leurs conjoints et de leur bébé dans l’aventure qu’est la naissance ainsi que dans l’accompagnement médical qui en est fait. Et cela sans jamais chercher à définir ce qui est juste ou non de faire… ou de ne pas faire.

Nous estimons que tous les parents qui ont la possibilité de faire des choix éclairés et personnels autour de la naissance de leur enfant sortent grandis par l’expérience et développent des aptitudes propres à entamer leur parentalité du bon pied. Au moment du bilan, ils peuvent accepter avec philosophie les côtés heureux ou plus douloureux liés à l’accouchement puisqu’ils en ont été les acteurs. Et pas de simples figurants.

Mais, pour avancer les yeux ouverts et faire entendre sa voix, une femme enceinte, un couple, a avant tout besoin d’information. D’une information variée et la plus objective possible.

Notre philosophie est de mettre le côté humain au cœur des préoccupations pendant la grossesse, l’accouchement et le post-partum. Nous nous adressons en priorité aux parents à qui nous offrons des outils d’information. Sur notre site internet, ils peuvent trouver des fiches par sujets, des suggestions de lectures, des liens vers d’autres sites, des témoignages.

Nous organisons des conférences et des événements spéciaux, comme des journées de découvertes des préparations prénatales et bientôt un colloque. Nous avons mis en place aussi, tout au début, des soirées de rencontre et d’échange entre parents et futurs parents un peu partout en Belgique francophone. Les expériences des uns éclairent les parcours des autres. Cela donne des idées et ouvre parfois à des possibilités insoupçonnées. Imaginez les commentaires : « ah, on peut accoucher sans péri ? On peut boire et manger pendant le travail ? On peut choisir une autre position que sur le dos, les pieds aux étriers ? ».

Chaque soirée est particulière, jamais pareille à une autre. Cela dépend des gens, de leur histoire, que l’on soit nombreux ou que ce soit plus intime. Le besoin de raconter la naissance et de le faire devant des personnes à l’écoute est apparu dès la toute première rencontre entre ceux qui allaient fonder l’association.

Revenons-en donc à la genèse. Il était une fois trois sages-femmes libérales qui avaient choisi de s’unir pour travailler dans la sécurité, dans le partage et avec une plus grande facilité.

Au bout de leur première année de collaboration, l’expérience était si concluante qu’elles ont eu envie de réunir les femmes qu’elles avaient suivies et leur famille. Ça a été une très belle fête qui a fait écho aux moments magiques de l’année écoulée. Tous ces parents sentaient qu’ils avaient eu la chance d’être soutenus avec humanité. Ils avaient vécu quelque chose de très précieux.

Ces naissances sous le signe de l’ouverture et du partage ont fait naître le désir de faire savoir au plus grand nombre la richesse de cet accompagnement. Alors, comment faire ?

Les trois bonnes fées, Evelyne Matthieu, Michèle Roels et Madeleine Timmermans nous ont proposé de laisser nos coordonnées.
Elles les ont réunies, photocopiées et envoyées à chaque famille. Maintenant, la balle était dans notre camp.

J’avais eu l’audace de proposer mon aide ce jour-là et Evelyne m’avait dit que les sages-femmes ne faisaient que passer le relais. Il était clair pour elles trois que, s’il devait y avoir des changements ou une ouverture vers plus d’humanisation, cela devait aussi passer par les parents, les utilisateurs des services.

C’est ainsi qu’un peu après, nous avons reçu un courrier expliquant que chacun recevait toutes les adresses, et que Caroline Lévesque voulait bien coordonner. Vous imaginez ma surprise !!! Les sages-femmes ont eu la bonne idée de me mettre en contact vers Sylvie Francotte, quelqu’un qui avait déjà entrepris de parler de la naissance de ses enfants sur Internet et qui était prête à faire quelque chose.  C’était le bon ange qu’il fallait.

Toutes deux, nous avons choisi une date, un lieu et nous avons lancé une invitation à tous pour commencer à mettre sur pied un regroupement de parents. C’était en novembre 2001.

Le soir de cette fameuse première réunion, nous étions plus de 40 personnes. Après un mot d’accueil, nous avons lancé un tour de table sur la question : « Comment imaginez-vous une association de parents, ses projets, ses objectifs ? ».

Et là, tout le monde, vraiment tous les parents, ont commencé par raconter la naissance de leurs propres enfants et ce qui les avait amenés là.

Nous avons senti le besoin qu’avaient les gens de raconter les joies et les peines de la naissance devant une assemblée bienveillante. Ce moment de la naissance, si fort, si intense, si transformateur ! Qui se trouve résumé si souvent par : « le bébé et la mère se portent bien » ou encore « ça c’est bien passé » !   
OUF !!! C’était beaucoup plus fort que ça. Mettre au monde, ce n’est jamais vécu deux fois de la même façon. Et tous les témoignages étaient là pour montrer combien le facteur humain était important.

Suite à cette première soirée, il y a eu plusieurs réunions, à un rythme très soutenu. Et tranquillement, Alter-NativeS a émergée. Avec un nom, un logo, une philosophie, une identité graphique, des outils, des objectifs, des projets. Derrière chacun de ces éléments, il y a quelqu’un qui pourra se reconnaître.

Les pionniers du début ont tous beaucoup donné et investi pour créer l’asbl. Et je dois dire que nous avons été particulièrement chanceux. Les capacités de chacun étaient très variées et nous ont donné des bases solides sur lesquelles avancer.

Ces dernières années, Alter-NativeS a réussi le défi de poursuivre sa route avec de nouvelles énergies, en restant fidèle aux aspirations et aux idéaux des fondateurs. Pour toute association, apprendre à "passer le relais" entre les fondateurs et ceux qui arrivent dans le projet des années plus tard est un cap difficile. Mais les nouvelles personnes amènent de nouvelles questions, elles poussent à se requestionner sur le sens de l'action. Pour nous, cela a été motivant.
Merci pour toute l’aide reçue, pour ces dix ans de passion et de don de soi.

 

Mais revenons-en aux débuts et à notre structuration. Ce n’était pas si simple, il fallait faire des choix. Comme celui de ne s’occuper que de la grossesse et de l’immédiat post-partum. Et aussi le choix décisif de s’adresser qu’aux parents avant tout. Pas aux autorités médicales, ni aux politiques. Nous étions persuadés que les changements se feraient naturellement de l’intérieur, en rendant les gens mieux informés, actifs et demandeurs d’écoute et de respect. Manifestement, c’était un mouvement qui était dans l’air du temps et qui a trouvé échos.

Nous fêtons nos 10 ans cette année et cela en même temps que les 100 ans de l’Union professionnelle des Sages-femmes de Belgique. Et vous savez, ce qui marque nos vrais débuts, c’est notre première conférence en mai 2002 sur un thème fondamental : le rôle de la sage-femme. C’était naturel, un juste retour des choses. C’est Bénédicte et Evelyne qui ont fait office de conférencières pour bien expliquer le grand éventail de capacités et de responsabilités des sages-femmes.

Pour beaucoup, la sage-femme est celle qui vous accueille à la maternité, celle qui soigne et fait le relais avec le gynéco, le seul vrai spécialiste de la mise au monde ! Bon sang, que c’est réducteur.

Dans chaque région où nous avons pu organiser des activités et des conférences, puisque nous y avions des membres actifs, nous avons chaque fois commencé par présenter ce thème fondamental des ressources offertes par les sages-femmes.

Dans un souci d’informer sur ce qui est moins connu, nous avons présenté aussi, entre autres, les maisons de naissances, les accouchements à domicile, dans l’eau … Ce n’était pas de la propagande, juste une manière d’ouvrir aux parents un éventail de possibilités plus large. On trouvait que l’hôpital, avec ses ressources techniques, n’avait pas besoin de nous pour se faire connaître ! Par contre, nous avons toujours affirmé qu’il y a de belles naissances en maternité et qu’un espace de liberté et de respect est toujours possible, quel que soit le lieu. D’ailleurs, nous collaborons de plus en plus pour nos soirées avec les maternités, comme à Ath, et où nous voyons que les choses peuvent être vécues différemment, et de différentes façons d’une maternité à l’autre.

En plus des conférences, pour s’adresser au plus grand nombre, nous participons à des salons tels BabyBoom et BabyDays. Dans les salons commerciaux, c’est un autre public ! Un public qui a soif d'infos (puisqu'il est là) mais qui ne cherche pas forcément, loin de là, l'info que nous lui amenons - d'où des grands moments sur le stand, que ce soit de solitude avec ceux qui nous regardent comme des extraterrestres, ou de bonheur quand une future maman dit « alors j'avais raison de penser que c'était possible? ». J'aimerais dire aussi que sur ces stands, nous offrons une parenthèse d'humanité entre 2 sollicitations commerciales, au nom d'une naissance qui n'est pas qu'à consommer !

Mais les parents qui prennent le temps de s’arrêter ou ceux qui nous reconnaissent sont contents de trouver des réponses à des questions précises :

« je cherche une sage-femme dans la région »,

« où peut-on accoucher dans l’eau ? »

« C’est quoi l’haptonomie ? »

Dans ces rencontres, nous pouvons mettre en avant le fait que la Belgique offre aux parents une vraie possibilité de choix et que cela est particulier et précieux. Les parents belges ont une chance qu’ils ne mesurent pas.

Grâce au cadre qui définit le travail des sages-femmes belges, on peut poser un choix personnel sur le contexte de la naissance d’un enfant (entre la maternité, la maison de naissance ou le domicile) et aussi sur le suivi médical de la grossesse.

Pour les personnes qui le souhaitent au fond de leur cœur, viscéralement, un accouchement extra-hospitalier, c’est possible, en toute sécurité, avec un accompagnement de qualité. Il faut bien imaginer que ce qui nous semble ici tout naturel n’est pas réalisable partout. Le choix est réel dans ses aspects légaux autant que financiers. Ne serait-ce que dans nos deux grands pays voisins, l’Allemagne et la France, la charge financières des assurances sur les sages-femmes est telle que la possibilité d’y accoucher hors de l’hôpital se raréfie fortement, où alors avec des risques sérieux ou des répercussions à long terme pour les sages-femmes.

Grâce à la sage-femme, il y a de la liberté. Aucun autre professionnel de la naissance n’est aussi tout-terrain et sa présence assure un contact humain et une écoute respectueuse et professionnelle.

Pour l’asbl, il est important de sensibiliser les parents sur ce fait, qu’ils soient conscients de leurs opportunités et de les encourager, en connaissance de cause, à s’interroger sur leurs désirs quant aux circonstances d’accueil de leur enfant.

Une fois le champ des possibles ouvert, avec une information de qualité et objective, les parents sont en mesure d’élaborer un projet de naissance qui leur est propre.

Notre rôle, en tant qu’association, est alors purement informatif. Les seuls messages que nous portons ne sont répercutés en bout de ligne, que par les individus qui s’approprient la naissance de leur enfant.

Dès lors, y a-t-il une vraie interaction entre notre association de parents et vos unions professionnelles ?

Notre travail d’information a peut-être pu transformer les attentes des parents par rapport aux sages-femmes. 

Il nous est apparu par contre que, quel que soit notre plaisir à se faire vos émissaires, il vous appartient, à vous sages-femmes, surtout à vos organismes représentatifs, d’utiliser la force des unions professionnelles pour aller au-devant du public, pour vous faire connaître comme professionnelles de premier plan.

D’ailleurs le retentissement autour de ce congrès du 100e anniversaire est un bon moment et une occasion que vous avez su saisir.

À notre connaissance, peu d’autres associations regroupent des parents qui œuvrent autour de la naissance en Belgique.

Tout bientôt, une association sœur, Victo, verra le jour en Belgique néerlandophone, avec une philosophie très proche d’Alter-NativeS. Cette association est née sous l’impulsion de la sage-femme Krista Dekens. L’histoire se répète !

Et soulignons le travail de « Césarine » qui est présente dans le nord de la France, à Lille, et qui a des ramifications en Belgique. Cette association créée en mai 2005 par un groupe de mères ne trouvant pas autour d’elles le soutien et l’information dont elles avaient besoin , a pour objectif de proposer information, soutien, échange et témoignages autour de la naissance par césarienne aux parents qui y sont confrontés.

Et n’oublions pas les associations qui s’occupent d’allaitement : La Leche League, Infor-Allaitement, …

Pour en revenir à l’idée d’une influence réciproque entre associations de parents et associations professionnelles de sages-femmes, il pourra y avoir collaboration dans la mesure de la connaissance des besoins de l’autre partie.

En ce moment de nos 10 ans, nous cherchons moins à revenir sur les aventures passées que de se redéfinir. Honnêtement, depuis 2002, il y a eu l’essor d’Internet et la facilité de trouver des infos par soi-même.

Il y a eu de réelles transformations dans les maternités à la place faite à l’écoute des projets de naissance et au respect de la physiologie. Les soirées d’informations s’y sont étoffées et nous nous demandons d’ailleurs si nos propres soirées répondent toujours aux besoins. Et l’arrivée des « Hôpitaux amis des bébés » a amené aussi beaucoup de changements.

Maintenant, nous cherchons à cerner quels sont les besoins actuels des parents et quels sont les défis à relever dans l’avenir. Pour ce faire, nous organisons un grand colloque festif entre parents et professionnels de la naissance le dimanche 18 novembre.

(…)

Vous le voyez, le maître mot, c’est « naissance respectée ». Après avoir vécu 10 ans avec la formule « humanisation de la naissance », nous abordons un virage citoyen qui veut impliquer tous les acteurs. Et la naissance respectée, cela doit être pour tout le monde : les mères, les pères, les bébés et ceux qui travaillent autour et qui sont soumis à des impératifs qui ne sont pas nécessairement évidents pour les familles.

Rêvons un peu. Pourquoi pas à l’élaboration d’une charte « Naissance respectée » ? Pourquoi ne pas rêver, élaborer et mettre en place un cadre respectueux de tous les acteurs impliqués autour de la naissance ? Et que cela ne soit pas que le fait d’association de parents ?

La main est tendue.

Si l’un des thèmes que nous cherchions à développer aujourd’hui était « quels sont les rapports entre parents et sages-femmes », un projet tel que celui-ci, fait en collaboration, en serait un parfait exemple. Ce genre de projet dépasse largement le cadre actuel de notre association. Nous en sommes conscients.   Mais si cela venait à se réaliser, nous osons penser que nos objectifs d’humanisation seraient pleinement remplis.